La truite s’élève sans gêne

261
janvier 2009
© Inra Scribe
La couleur bleue de cet embryon de truite vient d’un ADNc marqué par fluorescence. Présent dans tout l’embryon, il correspond à un gène actif pendant le développement.

À Rennes, des chercheurs de l’Inra ont été des précurseurs de l’analyse du génome d’un poisson d’élevage : la truite.

À Rennes, sur le campus de Beaulieu, les chercheurs de la station Aquaculture, biodiversité, environnement de l’Inra ont développé un savoir-faire particulier en taquinant la truite.
>Dans le cadre de leurs travaux sur les mécanismes physiologiques de la croissance, de la reproduction et de l’adaptation à l’élevage de poissons, ils ont créé une collection de gènes exprimés (les ADNc) dans différents organes (foie, cerveau, muscles, gonades) d’un modèle agronomique : la truite. Ils disposent maintenant de 90000 séquences identifiées, permettant de détecter l’expression de plusieurs milliers de gènes s’exprimant dans un échantillon biologique donné, grâce à la technique des puces à ADN (lire ci-dessous).« Ces outils nous ont permis d’associer certains gènes avec certaines fonctions intéressantes pour l’aquaculture, explique Patrick Prunet, le directeur de la station. Nous savons, par exemple, que la truite est capable de fabriquer de nouvelles fibres musculaires après une période de jeûne. Nous avons pu identifier quels gènes s’expriment dans ces nouvelles fibres. Ces informations sont intéressantes pour comprendre la formation des muscles et prédire la qualité de la chair. »

Trop de mâles

Les chercheurs ont aussi fait des découvertes sur la différenciation sexuelle des truites. « Nous avons montré que les gènes impliqués dans la synthèse d’œstrogènes, des hormones de la famille des stéroïdes, jouent un rôle majeur dans la différenciation des ovaires. » Cette découverte est d’autant plus intéressante qu’elle pourrait expliquer pourquoi certaines populations sauvages de truites sont menacées parce qu’elles comportent trop de mâles. Ces travaux, outre leur intérêt pour l’élevage des poissons, permettent aussi de mieux comprendre l’action de certains polluants chimiques, comme ceux qui perturbent les régulations endocriniennes.

La génomique au bon moment

« Nous avons développé les outils de la génomique au bon moment, se souvient Patrick Prunet. En 2001, notre projet de plate-forme de génomique a été accueilli favorablement par la direction de l’Inra. Certaines de nos questions se posaient bien évidemment chez d’autres espèces et les publications scientifiques montraient que des réponses originales pouvaient être apportées par ces outils. » Ils obtiennent du matériel et des moyens humains. « Nous partions de zéro. Il n’y avait pas de spécialistes du génome dans nos équipes. Nous nous sommes formés à l’extérieur et nous avons obtenu des postes techniques pour accompagner nos projets de recherche en génomique. »

Tabs

Christelle Garreau

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER