Des scientifiques bien connectés

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mars 2009
Des étudiants roumains et leur professeur en visite dans le laboratoire Sciences chimiques de Rennes dans le cadre du projet “Les jeunes Européens dans la construction d'une société de la connaissance”, le 23 octobre 2008.
© Université de Rennes1-G. Le Page

Un chercheur a cartographié les coopérations scientifiques des laboratoires bretons. Surprise, les échanges avec l’Europe sont plus importants que les collaborations nationales.

La recherche bretonne est ouverte sur le monde. Les chercheurs entretiennent des relations avec la plupart de leurs confrères étrangers dans toutes les disciplines scientifiques, qu’ils soient en Europe ou sur d’autres continents. C’est ce qu’il ressort des travaux récemment publiés(1) de Bertrand Moro, du laboratoire Reso (Rennes - espaces et sociétés) de l’Université Rennes2. Le géographe s’interroge sur la réalité d’un système régional de recherche : « À l’heure où l’on parle d’économie de la connaissance – c’est l’objectif de la stratégie de Lisbonne pour l’Union européenne –, l’attractivité territoriale et la visibilité internationale constituent des enjeux majeurs du développement socio-économique, d’où l’importance d’une structuration de la recherche. »

© Bertrand Moro

Dans toutes les disciplines

Pour son étude, le chercheur a construit une base de données inédite à partir des rapports quadriennaux de tous les laboratoires de la région. Pendant trois ans, il a collecté et analysé plusieurs milliers de pages d’informations auprès de chaque établissement(2). Premier constat, la région possède de nombreuses structures de recherche (139) dans toutes les disciplines, avec une prédominance des sciences marines et agronomiques. Tous les organismes nationaux n’ont pas forcément un centre en région, mais la plupart sont quand même présents en Bretagne. Le développement de réseaux régionaux, tels que le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (Pres) Université européenne de Bretagne, devrait encore renforcer ces points forts.

Rayonnement international

L’autre atout de la recherche bretonne, c’est son rayonnement international. À partir des échanges de personnels (professeurs invités, stages de recherche, conventions interlaboratoires...), Bertrand Moro a dessiné les cartes des relations scientifiques dans le monde.

Sans surprise, les États-Unis prennent la première place hors Union européenne (18%). Au sein de l’Europe, le principal partenaire de la Bretagne (17%) est le Royaume-Uni. « Ce sont toujours les plus gros pôles de recherche qui drainent les principaux flux de collaboration », observe-t-il. L’étude révèle aussi que les laboratoires bretons collaborent beaucoup plus à l’échelle européenne que nationale. En France, l’essentiel des échanges a lieu avec la région parisienne (45%) et les Pays de la Loire (16%), où joue la proximité géographique.
Sur le plan régional, les échanges répondent surtout à une logique de site et de spécialités. « Pour de nombreuses coopérations scientifiques, on retrouve très clairement le caractère bipolaire du territoire, avec les pôles rennais et brestois (80% des laboratoires), auxquels s’ajoutent des collaborations dispersées dans les villes du littoral », note le chercheur.

Pousser la porte du voisin

Conclusion ? Même si l’on ne peut parler de système régional, la recherche bretonne fait preuve d’une richesse et d’une polyvalence qui la positionnent parmi les meilleures françaises, affirme Bertrand Moro, qui espère que son analyse aidera les laboratoires et leur tutelle à réduire certains déficits d’information : « Les responsables que j’ai interrogés disent souvent mieux connaître leurs homologues étrangers traitant des mêmes thématiques que leurs collègues. » Peut-être pousseront-ils maintenant la porte du labo voisin !

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Raphaël Baldos

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