L’Atlantique change de vitesses

263
mars 2009
MER ET CLIMAT
À minuit, près du cercle polaire, la mise à l’eau d’une rosette de prélèvements s’effectue en plein jour !
© DR

Tendance au réchauffement ou variation naturelle ? L’analyse des courants océaniques se fait sur le long terme.

Dans l’océan, des masses d’eau se déplacent, plongent, remontent en surface, se réchauffent, se refroidissent... Selon les modèles de prévision, cette circulation pourrait subir un ralentissement de vitesse de 0 à 40% d’ici 2100, à cause du réchauffement climatique ! Les chercheurs du projet Ovide(1) ont compris qu’il faut relativiser cette valeur : les variations naturelles sur quelques années sont beaucoup plus importantes. Depuis 2002, ils effectuent tous les deux ans, au mois de juin, un voyage de 3 650 km du Portugal au Groenland. Ils réalisent des mesures et prélèvements d’eau tous les 40 km, pour étudier la zone de transition entre l’Atlantique Nord et les mers subpolaires.

Les courants augmentent

« Jusqu’en 2006, on observait une décroissance de la circulation, mais la campagne de 2008 a montré une reprise : l’intensité des courants a de nouveau augmenté », explique Pascale Lherminier, chercheuse au Laboratoire de physique des océans (LPO) de l’Ifremer de Brest et chef de la mission Ovide en 2006. Reste ensuite à comprendre s’il s’agit d’une tendance due au réchauffement climatique, ou d’un cycle naturel pluriannuel dont les chercheurs n’auraient observé qu’une partie. « C’est pourquoi il est important de continuer les mesures sur le long terme : c’est la seule manière d’observer en totalité un phénomène cyclique qui se déroule en trente ou cinquante ans. » Le programme Ovide se poursuit jusqu’en 2012, sous la direction scientifique d’Herlé Mercier, directeur de recherches à l’Ifremer. Il passera ensuite le relais à une équipe de chercheurs espagnols, déjà impliquée dans Ovide, qui étudie l’absorption du CO2 par l’océan.

L’eau plonge plus profond

Plus en profondeur, l’activité de l’océan a également été modifiée. « Au sud du Groenland se trouve une zone où les masses d’eau de surface plongent en profondeur », explique Virginie Thierry, également chercheuse au LPO et futur chef de mission Ovide en 2010. Avec un groupe de physiciens internationaux, elle a surveillé cette zone, grâce au réseau permanent de flotteurs Argo(2). « Depuis quelques années, les masses d’eau descendaient de moins en moins profond, vers 1000 m, mais pendant l’hiver 2007-2008, les conditions de vent et de glace de mer leur ont permis d’atteindre 1800 m. » Ces résultats ont fait l’objet d’une publication, en novembre 2008(3).

Pas de courant sans vent

Tous ces mouvements d’eau dans l’océan sont liés aux vents, en surface. Ainsi, l’accélération des courants observée par les chercheurs est due à une augmentation de la fréquence des tempêtes ces dernières années. Une période froide et sans vent, comme cela a été le cas en France début janvier 2009, pourrait en revanche causer un ralentissement de la circulation ; mais l’hiver n’est pas fini, et les tempêtes ont depuis fait leur retour sur les côtes bretonnes !

Tabs

Alice Vettoretti

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER