Le climat, le littoral et l’Homme

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mars 2009
La dune de Mousterlin, située sur la commune de Fouesnant, entre Beg-Meil et Bénodet, continue de reculer, malgré les enrochements successifs construits en 1981 et 1987.
© A. Hénaff. 2008

La montée des eaux préoccupe les géographes. Mais le réchauffement climatique n’est pas seul en cause.

Derrière certaines dunes, des constructions sont déjà situées en dessous du niveau des plus basses mers. Et le niveau continue à monter. Quelles que soient les causes de cette élévation, elle préoccupe des géographes comme Alain Hénaff et Serge Suanez, du laboratoire Géomer à l’IUEM(1), à Plouzané. Dans leurs travaux sur le littoral et conseils de gestion auprès des élus, ils tiennent également compte des phénomènes à long terme, comme la reconstitution d’une dune ou la variabilité des conditions météo-océaniques.
Or le vent et la houle érodent les côtes bretonnes depuis... des siècles ! La mer rogne le littoral, mais contribue également à l’accumulation de sable sur les plages et les dunes. « Le recul d’une dune après une tempête est parfois impressionnant, commente Alain Hénaff. Mais il arrive fréquemment que la dune se reconstitue naturellement. Cela prend juste plus de temps, alors souvent on l’oublie. »

Des travaux parfois inutiles

Les hommes construisent alors des ports, des digues ou des enrochements artificiels... Ces ouvrages peuvent modifier totalement la dynamique sédimentaire d’une plage et parfois de ses voisines. Mais surtout, ils peuvent s’avérer inutiles. Des enrochements artificiels n’empêchent pas la dune de se reconstituer naturellement et se retrouvent ensevelis sous le sable. La végétation se réinstalle, elle aussi, en deux ou trois ans sur une dune érodée par une tempête. En d’autres endroits, comme à Mousterlin (29), les enrochements peuvent au contraire accélérer l’érosion !

Des géographes sont consultés

« Une étude à partir de mesures sur le terrain, d’analyse de cartes anciennes et de modèles numériques est nécessaire avant d’entreprendre des constructions », explique Serge Suanez. Cependant, la durée nécessaire à ces études est souvent incompatible avec les obligations des gestionnaires. « Les décisions sont prises par des élus, dont le mandat est court par rapport à la durée des processus naturels mis en jeu. Il y a tout de même de grands progrès par rapport aux années 70, car les scientifiques et, entre autres, les géographes, sont aujourd’hui de plus en plus associés à la réalisation de ces projets. »

50ans de tempêtes

Pour mieux comprendre l’érosion du littoral breton, Alain Hénaff s’est penché sur les tempêtes de ces cinquante dernières années. « De 1949 à 1975 environ, les vents étaient le plus souvent orientés selon des axes nord-ouest et sud-ouest. Ensuite, de 1975 à la fin des années 80, les tempêtes ont frappé par l’Ouest. Puis les tempêtes ont repris des orientations nord-ouest et sud-ouest. » Le géographe a comparé ces données aux archives décrivant les dégâts des tempêtes : la localisation des dommages coïncide, pour chaque période, avec l’exposition aux vents et houles dominants. Les chercheurs ne peuvent donc pas prévoir où l’érosion sera la plus forte dans quelques années, mais savent qu’il faut tenir compte de ces fluctuations d’intensité et d’orientation des tempêtes.

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Alice VETTORETTI

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