Rennes, laboratoire numérique

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avril 2009
Sur le blog de Rennes, on parle de sa ville plutôt que de soi.
© Ville de Rennes

 

La capitale bretonne teste les technologies numériques comme nulle part ailleurs.
Avec la participation active des habitants.

Depuis dix ans, Rennes est devenue un lieu d’expérimentation numérique unique au monde. Les nouvelles Technologies de l’information et de la communication (Tic) y sont testées en permanence par les habitants eux-mêmes. L’histoire commence dès 1999. Rennes devient, avec le projet Citévision, la première ville au monde entièrement modélisée en 3D sur une maquette interactive, avec une précision allant jusqu’à la hauteur de chaque immeuble. La performance fera l’objet d’un article dans le New York Times. Pendant quinze jours, sur des ordinateurs installés dans la grande salle du Liberté, les Rennais se promènent librement dans leur quartier numérique. « Nous avons observé les usages qu’en faisaient les habitants, détaille Hugues Aubin, chargé de mission Tic à la ville de Rennes, et nous avons constaté une réelle envie de partager leur territoire. » Le projet est alors inclus dans la version CD-Rom du guide Vivre à Rennes, puis rendu accessible sur Internet. Il est amélioré grâce aux remarques des utilisateurs : parkings à vélos absents, infos pratiques, corrections de “bugs”. « Nous avons surtout remarqué avec cette première expérience qu’il était possible de proposer des prototypes aux habitants », poursuit Hugues Aubin.

Croquis et lavomatiques

Depuis, les expériences se succèdent. En 2005, “Tout Rennes blogue” met en ligne 43 blogs de quartiers, alimentés en photos et commentaires par les habitants grâce à des téléphones 3G laissés à leur disposition.
« L’enjeu, c’était de voir si le blog pouvait être utilisé pour parler de sa ville plutôt que de soi. En dix mois, nous avons vu apparaître des phénomènes intéressants : des croquis dessinés au Thabor, des séries de photos de lavomatiques. » Un regard un peu décalé sur la ville. Deux ans plus tard, les Généanoteurs rassemblent deux cents passionnés de généalogie, qui aident les archives à indexer des registres d’état civil par ordinateurs interposés.
Les projets poussent sur un terreau favorable, composé des pôles de recherche sur les nouvelles technologies et d’une dynamique associative bien ancrée dans la ville.

En chair et en os

Bug, une association multimédia unique en France qui propose du développement informatique professionnel, travaille actuellement avec la ville sur le réseau social La Ruche (lire ci-contre). D’autres initiatives naissent en parallèle des expériences municipales. Les Open Coffee Web où se réunissent en chair et en os des professionnels du Web en lien via la toile, des groupes Facebook, l’un des plus importants réseaux sociaux sur le Net, qui organisent une freeze party (rassemblement dans les rues de personnes qui restent figées pendant quelques minutes) plus importante qu’à San Francisco !
« En plus de l’intérêt du public pour les Tic, on remarque dans ces initiatives un besoin de se rencontrer en “réel” », constate le spécialiste. Cela pourrait expliquer le succès, et la nécessité, d’un “Web de proximité”. « Contrairement aux idées largement véhiculées, le Web n’est pas aterritorial. » Une preuve ? « Les sites Web les plus visités sont ceux des communes ! »

Garder une liberté sociale

Pourquoi une municipalité se lance-t-elle dans de telles expériences avec ses administrés ? « L’enjeu est plus social que numérique, répond Hugues Aubin, il est primordial de pouvoir se garder les moyens d’offrir aux habitants des services publics gratuits. » Ne pas laisser le privé s’accaparer l’espace public. C’est l’objectif de Bluerennes, des bornes Bluetooth disposées dans cinq coins de la ville, qui permettent de recevoir des informations (trafic routier, horaires d’ouverture...) en lien avec le lieu. « Nous avons choisi la technologie Bluetooth parce qu’elle est gratuite et accessible depuis 80% des téléphones portables actuellement en service. » Dans d’autres villes, des technologies semblables ont été mises en place par le secteur privé pour diffuser des publicités sur des produits de consommation. L’accès aux nouvelles technologies se joue aux niveaux économique, politique et social, bien plus que dans le bureau d’un informaticien.

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Céline DUGUEY

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