Sérénade en numérique majeur

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avril 2009
Des lunettes à verres polarisés seront nécessaires, le 2 juin, pour voir Don Giovanni en 3D.
© A. Kaiser

Mêler opéra populaire et démonstration de haute technologie. Le défi sera relevé à Rennes, en juin prochain.

Le 2 juin, la mairie de Rennes célébrera un mariage inoubliable : celui de Don Giovanni et de la   haute technologie. 222 ans après sa première représentation, l’œuvre populaire de Mozart se lie au numérique.
« L’idée est de filmer et de retransmettre en direct et en 3D un opéra, pendant une durée totale de trois heures. C’est une première mondiale et un vrai défi technologique ! » s’enthousiasme Didier Nicot, chargé de mission au pôle Images et Réseaux.

Quatre événements auront lieu simultanément. Place de la Mairie, Don Giovanni sera retransmis sur écran géant en simple définition. Le grand salon de l’hôtel de ville accueillera la haute définition. C’est dans un petit salon que l’on chaussera des lunettes pour plonger dans l’opéra 3D. Au même moment, des spectateurs pourront vivre l’expérience dans des salles de cinémas 3D aux quatre coins de l’Europe.

D’énormes contraintes techniques

Sur les planches, pas de modification. « La représentation sera la même que les autres soirs, précise Alain Surrans, directeur de l’Opéra de Rennes. La mise en scène reste très épurée, très belle et accessible à tous. Les chanteurs et les acteurs ne doivent absolument rien changer. »
En revanche, côté technique, les contraintes sont énormes. Pour que le Don Juan numérique soit aussi séduisant que nature, c’est la 3D stéréoscopique qui a été choisie. Sur chaque caméra, deux capteurs légèrement décalés vont filmer la scène selon deux angles différents pour recréer le relief. Ici, pas de lunettes bleues et rouges : elles risqueraient de ternir les costumes et la féerie. « Nous utilisons un projecteur stéréoscopique et des lunettes à verres polarisés, explique Didier Nicot. Le projecteur envoie deux images, l’une à polarisation horizontale, l’autre à polarisation verticale, sur un écran métallique. Les lunettes permettent de reconstituer la vision 3D. »

Coder et compresser en un temps record

Il faut aussi penser aux questions d’angles de vue : la distance entre les deux capteurs de la caméra doit être compatible avec le système de restitution de l’image. Elle va donc dépendre de la position du spectateur par rapport à l’écran et des dimensions de cet écran. Viennent ensuite les contraintes de débit. Le canal de transmission ne peut passer qu’une certaine quantité d’informations. « Or, avec la 3D stéréoscopique, on a deux images à transmettre au lieu d’une. À chaque seconde, cela fait 2x25 images, soit des millions de 0 et de 1... »
Les équipements de la chaîne de l’image doivent être capables de décoder ce signal, de le décompresser et de l’afficher en un temps record pour que le spectacle soit continu et cohérent. Autre challenge technique : la retransmission du son en 3D. La captation en HOA (High Order Ambisonics) permettra de produire des images sonores localisées dans l’espace. D’après Didier Nicot, l’innovation est aussi “organisationnelle” : pour ce projet, des mondes très différents collaborent. L’un des partenaires (Marsouin(1)) va même enquêter sur la perception des spectateurs face à ces technologies du futur. Pour les artistes, c’est une belle façon de s’appuyer sur les nouvelles technologies pour rendre l’opéra au peuple.

La 3D sur Internet

Les environnements 3D existent déjà pour les jeux, certains films. Mais sur Internet ? Créer des sites en 3D a-t-il un intérêt ? Enseignant chercheur à Télécom Bretagne, Bernard Gourvennec applique les techniques du marketing au domaine des Tic. Cinq cents personnes ont déjà répondu à l’enquête “E-commerce site 3D”, en ligne depuis plusieurs semaines. L’objectif : savoir s’il est possible d’envisager l’utilisation d’interfaces en trois dimensions pour vendre des produits sur la toile. Les résultats sont en cours d’analyse, mais les premières tendances se dessinent. « Les gens veulent bien utiliser des sites Web en 3D si cela apporte vraiment un plus, explique-t-il. Pas pour acheter des bananes ! Mais pour entrer dans une voiture et changer la couleur à l’intérieur, par exemple. » Techniquement, il y a encore des limites : l’image ne tourne pas très vite. « Et quand nous utilisons l’outil de suivi du regard, pour étudier le comportement du consommateur, on a encore du mal à maîtriser la profondeur de champ. » Mais ce qui est sûr, c’est que le consommateur a besoin de relief ! 

Renseignements : 
Bernard Gourvennec Tél. 02 29 00 12 35 bernard.gourvennec@telecom-bretagne.eu Site de l’enquête : http://projets.telecombretagne.eu/ consulting/limesurvey/index.php ?sid=67264〈=fr Vous pouvez encore y répondre.

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Hélène Jolly

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