25 ans de plongées et de découvertes

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juin 2009
1- Le robot téléopéré Victor est unique en Europe. Doté de caméras et de bras articulés, il descend depuis plus de dix ans jusqu’à 6 000m de profondeur. 2- L’hydrolienne testée dernièrement dans le bassin d’essai de Brest était... anglaise ! La recherche française manque de fonds publics pour se développer. 3- La question de la pêche durable est aujourd’hui abordée par les chercheurs et les professionnels de la pêche.
© Ifremer-Olivier Dugornay /© Ifremer-Olivier Dugornay / © Ifremer-Marc Taquet

Que se passe-t-il depuis vingt-cinq ans dans les laboratoires e l’Ifremer ? L’informatique a révolutionné les travaux sur la surveillance des océans, la pêche durable ou la découverte des grands fonds.

Coquillages et crustacés, mer calme ou agitée... C’est pour mener des recherches finalisées, surveiller la qualité du milieu marin et les stocks halieutiques, et aider au développement socio-économique maritime que l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, l’Ifremer, a été créé il y a vingt-cinq ans. Pour Philippe Marchand, le directeur du centre de Brest (700 personnes), cette période aura été marquée par la révolution informatique ! Les gains réalisés en termes de puissance de calcul permettent de traiter en temps réel d’énormes volumes de données issues, par exemple, de l’observation satellitaire des océans, ou encore de l’étude des fonds marins grâce aux sondeurs multifaisceaux. 

3 000 flotteurs intelligents

Le développement de l’électronique a aussi per-mis « de rendre intelligents des instruments autonomes, précise-t-il. Ils complètent la surveillance réalisée manuellement. » Aujourd’hui, les 3000flotteurs profileurs du programme Argo, répartis dans l’océan mondial, et les bouées de surveillance automatique de la mer côtière effectuent seuls analyses (turbidité, salinité, taux de chlorophylle, de silice...) et prélèvements, avant de transmettre leurs informations par satellite ou GSM. Un saut technologique grâce auquel les scientifiques alimentent des modèles, qui prévoient les courants et différents paramètres de l’environnement côtier à quelques jours. L’Ifremer n’en oublie pas pour autant les moyens plus classiques : les navires. Le petit gabarit du dernier-né de la flotte, inauguré fin 2008, permet de combler une lacune : l’observation minutieuse des zones côtières, inaccessibles aux gros bateaux(1).

Biotechnologies marines

Parmi les découvertes marquantes, Philippe Marchand souligne la conquête des grands fonds. Ils recèlent de trésors chimiques et minéraux (gisements profonds de pétrole, nodules polymétalliques ou encroûtements riches en cobalt, nickel, manganèse...) et biologiques. L’Ifremer possède environ 1 300 échantillons de souches bactériennes hydrothermales. « Les biotechnologies marines sont en plein développement et intéressent aussi bien le domaine de la santé, que celui de la chimie de l’environnement ou de la cosmétique. »

À noter également, ces dernières années, le développement de la pêche durable, selon une approche pluridisciplinaire. Tandis que les professionnels de la pêche travaillent avec les chercheurs sur la sélectivité des engins de pêche, d’autres scientifiques (sédimentologues, économistes, sociologues...) se penchent sur les problèmes de ressources, également liés à l’apport des fleuves, au changement climatique ou encore à l’accès aux pêcheries.
Enfin, même si les chercheurs de l’Ifremer réalisent des expertises sur les matériels, des études d’impact..., les énergies marines restent un domaine en émergence qui a du mal à se développer faute de financements publics suffisants. L’objectif des vingt-cinq prochaines années pourrait être de ne pas louper la vague sur laquelle certains autres pays comme le Grande-Bretagne surfent déjà !

Une hydrolienne anglaise testée à Brest

Du 20 au 30 avril dernier, la start up britannique TidalStream est venue expérimenter un modèle réduit d’hydrolienne dans le bassin à houle du centre Ifremer de Brest. La maquette d’une turbine de 10MW a été tractée à une vitesse permettant de reproduire les conditions réelles de courant.
« Certains de nos moyens d’essais et d’études, parmi les plus originaux, sont mis à disposition de laboratoires européens de recherche et de PME, qui n’ont pas accès à ce genre d’équipement chez eux, explique Yvon Le Guen, responsable du service matériaux et structures à l’Ifremer. Cela se passe dans le cadre du projet européen Métri. L’accès est gratuit et nous mettons même notre personnel à disposition pendant le déroulement des essais. »
Pour l’Ifremer, c’est l’occasion de tisser de nouveaux liens de partenariat. Sur les vingt-cinq expérimentations qui ont eu lieu depuis trois ans sur l’ensemble des équipements de l’institut, dix portaient sur les énergies marines renouvelables.

Renseignements encadré : 
Yvon Le Guen, yvon.le.guen@ifremer.fr

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Nathalie Blanc

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