On a trouvé de la vie à -4000 m et à plus de 80°C !

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juin 2009
Prélèvement de fluide avec une seringue en titane, tenue à bout de bras par le robot Victor 6000.
© Ifremer-serpentine 2007

Plusieurs mois après une campagne océanographique, les flacons de prélèvements continuent à livrer leurs secrets. Et repoussent un peu plus les limites de la vie.

Un minimum de 150 Mégapascals (soit l’équivalent de 150 bars ou d’une profondeur de 1 500 m en mer), et de 85°C, avec des conditions optimales à 520 Mégapascals (5 200m) et 98°C, telle est l’ambiance de vie de la souche archéenne(1) PyrococcusCH1. Remontée dans les échantillons prélevés lors de la campagne océanographique Serpentine(2), menée du 26 février au 5 avril 2007 par l’Ifremer sur le site Achadze de la dorsale atlantique, elle vient de livrer ses secrets à Brest, dans le laboratoire de microbiologie des environnements extrêmes(3), où travaille Joël Querellou.

Une biosphère profonde

Situé à 4 100 mètres de fond, Achadze est le champ hydrothermal le plus profond connu. Trouver des bactéries qui ne vivent que sous de hautes pressions est relativement courant. Mais Pyrococcus CH1 dépasse les bornes : « C’est la première fois que nous trouvons une souche qui vit dans de telles conditions de température et de pression en même temps, note le chercheur.
Pyrococcus CH1 renforce donc l’hypothèse d’une biosphère souterraine profonde piézophile –sous pression– et chaude dans les couches sédimentaires du plancher océanique
. »

À Brest et en Chine

Outre l’objectif de la campagne Serpentine, qui est de réaliser l’inventaire de la biodiversité microbiologique sur les fonds hydrothermaux, l’utilisation de tels organismes ou de certaines de leurs enzymes peut s’avérer intéressante pour l’industrie. « Notre travail de microbiologiste s’arrête à la description de l’organisme. La combinaison originale de température et pression reste à exploiter ! Mais les conditions de culture sont coûteuses à mettre en place. Rien qu’au laboratoire, ce n’est pas évident. Et nous ne travaillons que sur quelques millilitres de culture à chaque fois. » Seule la fabrication d’un produit à haute valeur ajoutée, probablement dans le secteur de la chimie fine, pourrait compenser l’investissement. En attendant, le séquençage du génome de Pyrococcus est sur le point de se terminer dans un laboratoire de l’Institut d’océanographie de Xiamen (Chine), partenaire du laboratoire brestois. La petite archée nous réserve peut-être d’autres grandes surprises.

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Nathalie Blanc

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