En vogue contre la pollution

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juin 2009
1 - Les Cataglop, modèles réduits du Catamar, sont les premiers navires dépollueurs sortis en 2005 et construits par Écocéane, chantier naval de Paimpol. 2 - Démonstration de dépollution avec de la balle de riz, une matière privilégiée pour les tests car elle se voit bien et a la même consistance que le pétrole. 3 - Le panier, ici relevé, agit comme un filtre. Il récupère les déchets solides tandis que l’eau polluée est traitée dans une cuve au fond du bateau. 4 - Champagne ! La navigatrice Maud Fontenoy, marraine du Catamar, a baptisé le bateau.
© Céline Duguey

Le Catamar, navire dépollueur mis au point par la société ÉcocÉane, vient de sortir de son chantier naval paimpolais.

De l’eau puisée dans le lac de Tibériade et du champagne. Il n’en fallait pas moins pour baptiser le Catamar le 28 avril dernier, sous la fine bruine qui balayait les quais de Loguivy-de-la-Mer, à quelques kilomètres de Paimpol. Dernier fleuron de la flotte bâtie par Écocéane, jeune société bretonne née en 2003, ce catamaran en aluminium est entièrement dédié à la dépollution d’hydrocarbures en pleine mer. Avec ses 18 m de long, il peut travailler en haute mer, jusqu’à force5 (vents de 29 à 38 km/h). Mais il est surtout capable d’avaler et de stocker 100 m3 d’hydrocarbures par heure, un véritable record selon ses constructeurs.
« Les navires qui ramassent le pétrole traditionnellement ne peuvent pas absorber plus de 10 m3 toutes les trois ou quatre heures, assure Robert Gastaldi, cofondateur d’Écocéane, car ils utilisent des pompes et des écrémeurs qui brassent et provoquent une émulsion entre l’eau et le pétrole. » Le mélange forme alors une véritable mayonnaise volumineuse qu’il faut ensuite chauffer afin d’en séparer les ingrédients. 

Comme la vinaigrette

Le Catamar a opté pour la mécanique des fluides. D’une part, les corps huileux, donc le pétrole, sont plus légers que l’eau. Lorsque le flux d’eau de mer entre par l’avant du navire, « une grille retient les déchets solides, explique Éric Vial, second fondateur de l’entreprise, puis l’eau du fond, propre car les hydrocarbures sont restés en surface, transite par le fond du bateau, vers l’arrière où elle sort, et propulse par la même occasion le navire. » Le mélange eau-hydrocarbure de surface poursuit son trajet vers un séparateur. Immobiles, les eaux claires rejoignent le fond de la cuve, tout comme le vinaigre rejoint le fond du saladier si vous arrêtez de mélanger votre vinaigrette. Elles sont aspirées par la masse d’eau propre qui s’écoule continuellement juste en dessous. 

Une inspiration venue du bâtiment

« Ce procédé est protégé par brevet international », précise Éric Vial. Quant au pétrole stocké flottant dans le séparateur, il peut, en cas de forte pollution, être transféré en continu dans un tanker de 1 000 à 8 000 m3 qui suit le Catamar. Ce dernier peut ainsi rester en autonomie une semaine avec six personnes à bord.

« Ces principes sont inspirés de ce qui se fait dans les parkings, par exemple, qui n’ont pas le droit de rejeter les eaux de pluie sans les nettoyer, poursuit Éric Vial. Robert Gastaldi, ancien patron d’une entreprise de bâtiment, a eu l’idée d’adapter ce système de séparation à la lutte contre les marées noires, après avoir acquis le chantier naval aluminium de Paimpol, où a vu le jour le Catamar et avant lui, en 2005, le premier Cataglop, son prédécesseur, de plus petite taille, plus adapté aux lieux confinés comme les ports. C’est certainement là aussi que sera construit le Jumbo 25, leur grand frère. Prévu pour aller naviguer en très haute mer d’ici octobre 2010, il devrait être “multitâche”, pouvoir transporter des passagers ou des containers lorsqu’aucune pollution n’est déclarée à proximité.

Une marraine charismatique

Le Catamar, lui, intéresse déjà de grands groupes pétroliers. Il leur permettrait de régler rapidement toute pollution autour des plates-formes d’extraction. Un représentant de l’Union pour la Méditerranée était présent au baptême. Une flottille de bateaux dépollueurs pourrait s’avérer utile dans cette mer fermée qui concentre « 30% du trafic maritime mondial », comme l’a rappelé Maud Fontenoy, navigatrice, vice-présidente du Conservatoire du littoral et marraine charismatique du Catamar. « J’ai souvent été confrontée à la pollution en mer, a-t-elle ajouté, l’océan c’est 70% de l’air que l’on respire, c’est aussi notre garde-manger », avant de lancer la bouteille de champagne sur la coque du navire, comme la tradition l’exige, pour lui souhaiter bon vent, en espérant tout de même qu’il n’ait pas à sortir en mer trop souvent.

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Céline DUGUEY

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