L’innovation passe au vert

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juin 2009
© AFP-Alain Jocard

Énergies marines, gestion de l’eau, valorisation des déchets agricoles : la Bretagne éco-innove.

Sur l’échelle de l’inno-vation, la Bretagne se positionne au 5e rang en France et à la 66e place en Europe sur plus de 200 régions.
« C’est une bonne place rapportée au poids économique, mais on peut encore progresser », souligne Jean-Marc Gandon, président de Bretagne Innovation. Car le terrain est fertile : les trois quarts des entreprises bretonnes, dont 92% ont moins de dix salariés, ont des innovations dans leurs tiroirs et la moitié sont des projets interentreprises ! Ce contexte est très positif, mais nécessite des outils adaptés. Les collaborations interentreprises sont déjà encouragées par les pôles de compétitivité, mais préconisent l’association d’un partenaire issu de la recherche publique.« Or, en Bretagne, plus de la moitié de la recherche relève du secteur privé.»
Du côté des thématiques sur lesquelles la Bretagne se distingue, on retrouve bien sûr celles des pôles de compétitivité bretons : l’agroalimentaire, la mer, les télécoms, l’automobile..., mais l’innovation ne doit pas rester prisonnière des filières. « Elle se développe là où il y a des compétences et celles-ci peuvent concerner la maîtrise de tout un procédé. Prenons l’exemple des biotechnologies : elles ont des domaines d’application très variés.»

Vers un “green business” breton ?

Le développement durable semble constituer une bonne source d’innovation.« C’est un thème qui paraît naturel en Bretagne», poursuit Jean-Marc Gandon.« Les premières études sur les écoactivités datent de dix ans», confirme Jean Hamon, président de la commission Développement économique et recherche au Conseil économique et social (CESR) de la Région Bretagne, à l’origine d’une étude qui sera bientôt publiée sur ce thème(1). Pourtant, alors que le “green business” existe depuis plus de deux ans à San Francisco et que San Diego table sur 20 000 emplois pour la ville à très court terme, les Français semblent encore frileux. L’attitude historiquement antagoniste des industriels et des verts, en France, n’arrange rien, contrairement à l’Allemagne, où les collaborations existent depuis longtemps.
En Bretagne, les écoactivités représentent 5,1% en nombre d’établissements et 4,5% en termes d’effectifs, ce qui positionne la région au 10e rang national : « Nous sommes en milieu de tableau, avec un potentiel d’évolution rapide », précise Jean Hamon.

Une centaine d’entreprises identifiées

La Région est d’ailleurs la première à avoir réalisé un état des lieux sur les écotechnologies(2), préconisé par la Direction générale des entreprises dans le cadre du plan Ecotech 2012, lancé en juillet 2008. Une centaine de sociétés exploitant les écotechnologies ont été identifiées. Avec trois axes forts de développement stratégique : les énergies marines, la méthanisation des déchets agricoles et la gestion de l’eau. « Ces trois secteurs répondent à des problématiques régionales majeures que sont l’énergie, l’agriculture et l’eau, précise Claire Barais, coordinatrice de l’étude à la Drire. Mais ils ne sont pas au même stade de développement. »

« Tous les métiers vont verdir »

Plusieurs facteurs de développement des énergies marines sont réunis en Bretagne : façade littorale, thématiques de recherche, compétences industrielles... Et les perspectives de croissance se situent dans un contexte international. Il n’en reste pas moins que les projets dans ce domaine ne sont pas encore viables économiquement sans soutien public et qu’ils doivent aussi surmonter quelques contraintes. Elles sont scientifiques, techniques, mais aussi logistiques, financières, économiques et humaines. Cela vient d’être souligné par le Conseil économique et social.
« Le verdissement est un changement inéluctable, mais profond, poursuit Jean Hamon. Tous les métiers vont verdir, sans changer fondamentalement. Mais cela va toucher tous les produits et toute la chaîne. » Toute la chaîne, cela veut dire que les écoactivités doivent être pensées et donc financées de façon globale : de leur naissance à leur commercialisation. « Cela ne sert à rien d’innover si on ne vend pas », ajoute Jean-Marc Gandon, qui est aussi chef d’entreprise.
La Drire vient de lancer un appel à projets visant à favoriser la mise sur le marché des technologies émergentes inhérentes à la mesure des polluants de l’eau, des procédés propres et économes en énergie ; une association (cluster “Eco-Origin”) regroupant des acteurs de l’éco-innovation est en cours de création à Rennes. Le verdissement commencerait-il à se propager ?

« Financer l’innovation est urgent »

«Nous allons parler de financement ! » Jean-Marc Gandon, président de Bretagne Innovation, assume ce thème volontairement provoquant : « Financer l’innovation est urgent, surtout en période de crise.»

Le principe de cette 3e édition de la semaine de l’innovation reste le même : c’est avant tout la semaine des acteurs de l’innovation. Ils sont trois cent cinquante en Bretagne. « Tout le monde doit jouer la même partition, poursuit Jean-Marc Gandon. C’est notre rôle d’animateur de réseau. » L’objectif est que les gens se rencontrent, parlent, confrontent leurs idées. Une trentaine de villes sont concernées et plus de 80 événements sont programmés : visites d’entreprises, témoignages d’acteurs locaux et d’experts, tels que ceux qui participent au colloque national sur les phénomènes de résistance des bactéries dans le domaine de l’agroalimentaire. Et, preuve que le verdissement touche l’innovation : cette année, le parrain est Vincent Bolloré, le créateur de la BlueCar, une petite voiture électrique qui devrait faire du chemin !

Renseignements : 
Nathalie Liva,Bretagne Innovation Tél. 02 99 67 42 03 www.innovons.fr

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Nathalie BLANC

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