Vers une chimie écocompatible

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juin 2009
Le colza est riche en lipides insaturés, des molécules qui constituent une alternative aux hydrocarbures, très utilisés en chimie industrielle.
© Phovoir

Rendre certaines réactions chimiques écocompatibles. Un objectif que deux chercheurs rennais pourraient atteindre.

Remplacer le pétrole par de l’huile de colza, on y a déjà pensé pour produire des carburants. Chimiquement parlant, les lipides insaturés sont des produits riches en molécules à double liaison carbone/carbone, très utilisés en chimie industrielle, pour produire des polymères, des tensioactifs, des détergents, qui sont à la base de produits cosmétiques, de médicaments et matériaux divers... C’est dans l’amélioration de ces réactions que s’est lancée Oméga Cat System, une “business unit”, issue du transfert d’une technologie née à l’École nationale supérieure de chimie de Rennes (ENSCR). « Nous ne sommes pas encore une entreprise, mais cette structure juridique nous permet d’avoir une ligne budgétaire », explique son directeur, Frédéric Caijo, qui, depuis fin 2008, a pris l’habitude de passer de la blouse du chimiste au costume du commercial.
Tout est parti de l’équipe de Marc Mauduit et d’un outil très puissant en chimie organique : une réaction qui consiste à associer deux molécules comportant une double liaison carbone/carbone pour n’en faire qu’une (la métathèse d’oléfines). Ces réactions ont un bon rendement, obtenu grâce à un catalyseur à base de ruthénium, mais ce dernier présente l’inconvénient de polluer le produit final. « On est alors obligé de purifier le produit final et, au bout du compte, le rendement chute et limite le potentiel des réactions pour des applications industrielles », précise Frédéric Caijo.

Des catalyseurs à la carte

En 2006, Marc Mauduit crée une nouvelle famille de catalyseurs au ruthénium : il a l’idée d’accrocher une nouvelle fonction au complexe métallique permettant de mieux moduler la réactivité du catalyseur tout en le rendant hautement recyclable(1). « Bilan : on en utilise moins, cela coûte moins cher et répond, en plus, aux nouvelles exigences européennes en matière de normes. » Un brevet déposé par l’ENSCR et le CNRS en 2006 et Frédéric Caijo est embauché début 2007(2) pour peaufiner leur mise au point. Il commence à contacter les industriels en 2008 en proposant, d’une part, un panel de catalyseurs à activité variable (plus d’une trentaine) et, d’autre part, une expertise dans ce domaine. Aujourd’hui, il honore les commandes de ses premiers clients et a établi un partenariat avec un industriel allemand pour augmenter ses capacités de production.

« Ce n’est pas facile de développer une innovation car on doit savoir tout faire ! Mais on n’est pas seul(3). Je viens par exemple de remporter le concours d’aide à la création d’entreprise du ministère de la Recherche.
Avec l’argent que j’ai gagné, je vais pouvoir démarrer des études marketing. »
Car le marché des agroressources ne va pas tarder à entrer en ébullition et les catalyseurs rennais à se répandre !

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Nathalie BLANC

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