Des algues dans la peau !

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septembre 2009
© Yves Gladu
La cosmétologie s’intéresse aux algues vertes. Celles qui s’échouent sur nos plages (Ulva armoricana) et d’autres comme les Ulva rotundata

Les algues vertes recèlent des molécules antiâges utiles en cosmétique. Une solution contre les marées vertes ?

Inutile de passer au crible toutes les plantes. Du règne végétal, seules les algues vertes contiennent de l’acide iduronique. Cela pourrait passer inaperçu si l’acide en question n’était pas réputé pour son potentiel en cosmétologie. Rien de tel, en effet, pour ralentir un peu le vieillissement de la peau : l’acide iduronique améliore la vascularisation notamment. Mieux encore, « les algues vertes contiennent d’autres substances capables d’inhiber les enzymes responsables de la perte d’élasticité de notre épiderme », explique Jean-François Sassi, ingénieur au Centre d’étude et de valorisation des algues (Céva).

Des algues hyperréactives

Dans les algues vertes, les molécules aux propriétés antiâges sont prisonnières des ulvanes, de gros sucres de la paroi du végétal. Depuis avril 2007, le programme de recherche Ulvoligo, coordonné par Jean-François Sassi, a pour but de décortiquer ces molécules. « Avec la Station biologique de Roscoff, nous cherchons des microorganismes qui produisent des enzymes capables de découper les ulvanes naturellement. Depuis le début du projet, en avril 2008, nous en avons découvert quatre, alors qu’une seule était connue jusqu’alors ! » Au Céva ensuite de sélectionner la plus efficace et les meilleures conditions : température, milieux de culture... Rien n’est laissé au hasard, pas même le choix de l’algue. « Elles sont hyperréactives aux changements de milieux, poursuit l’ingénieur, elles poussent vite et leur composition varie en fonction du lieu, de la saison ou du stress : lorsqu’on les affame, par exemple. C’est comme si nous étions capables d’être tout en muscle ou tout en graisse dans l’espace d’une journée ! »

Choisir les bons morceaux

Le projet, qui cherchait initialement à valoriser les algues vertes récoltées à l’état sauvage, a dû élargir son champ d’action pour s’intéresser aussi aux possibilités de culture des algues vertes. Car au niveau industriel, il est primordial de pouvoir compter sur une production régulière, en quantité et en qualité.
Au bout de la chaîne, la société Bio Europe, expérimentée en matière de cosmétiques, teste les molécules actives. « Nous leur fournissons les ulvanes découpés en morceaux, eux cherchent quels morceaux peuvent être utiles, précise Jean-François Sassi. En plus des acides uroniques, il y a du rhamnose, un sucre déjà largement utilisé dans les produits cosmétiques.
Et des molécules sulfatées, qui entrent dans la composition des crèmes antioxydantes. » Bio Europe se charge également des problèmes d’interactions avec d’autres ingrédients ou des tests sur les cellules épidermiques. « D’ici la fin du projet, nous voudrions avoir les principales clés de production pour fabriquer des principes actifs cosmétiques au niveau industriel. La crème en elle-même viendra un peu plus tard. » En attendant, inutile de faire des masques avec les algues récoltées sur la plage : non raffinées, les molécules sont beaucoup moins efficaces ! 

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Céline DUGUEY

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