Ici brûlait le feu des ancêtres

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décembre 2009
CLIMAT
Dans les restes d’un feu préhistorique, les chercheurs retrouvent tout un environnement.
© Nicolas Guillas

Il y a plus de 400000 ans, les hommes se réunissaient autour du feu à Menez-Dregan. Mais de quel bois se chauffaient-ils ?

Nos ancêtres ont laissé des traces sur des centaines de sites archéologiques en Bretagne. Mais c’est dans la grotte littorale de Menez-Dregan (Plouhinec, Finistère), fouillée depuis 1991, que se trouve l’une des plus anciennes traces de feu allumé par l’homme sur Terre(1). « Il y a environ 470 000 ans, les premiers occupants de la grotte étaient des pré-Néandertaliens, vraisemblablement Homo heidelbergensis, explique Jean-Laurent Monnier, préhistorien à l’Université de Rennes 1(2) et coordinateur du programme de fouilles. Ils chassaient des éléphants, des équidés, des bovidés et peut-être des rhinocéros, dans la steppe en contrebas. Le rivage était alors 10km plus loin, sous 40m d’eau aujourd’hui. »

80 000 ans entre deux visites

Plus de 100 000 pièces ont été extraites des fouilles : de l’outillage lourd (galets tranchants pour briser ou dépecer des os) ou léger (éclats de silex, bruts ou réticulés, transformés en racloirs...). « Il y a au moins six niveaux d’occupation, avec parfois 80 000 ans entre deux séjours humains. » Tout est lié aux cycles glaciaires-interglaciaires : quand le froid s’accentue, les hommes s’en vont. La grotte s’érode ensuite sous le gel, la mer revient, l’inonde en partie, laisse un dépôt de plage... Puis le froid revient, le rivage s’éloigne : d’autres hommes arrivent.

L’équipe scientifique qui étudie cette grotte a des spécialités complémentaires. La paléobotaniste Nancy Marcoux, de l’Université de Rennes 1, étudie les restes végétaux (bois carbonisés et grains de pollens). Cette approche en plein développement n’apporte pas seulement des informations archéologiques annexes mais « elle permet de reconstituer l’environnement d’un site à grande échelle. »

Jean-Laurent Monnier (à gauche) coordonne les fouilles à Menez-Dregan. Nancy Marcoux (ci-dessus) est l’une des nombreuses spécialistes à étudier le site.
© Nicolas Guillas

Ce pin sylvestre a 375 000 ans

Depuis l’été dernier, Nancy Marcoux étudie notamment la couche n°5 (400 000-375 000 ans) : des centaines de charbons, dont certains dans un état de conservation exceptionnel ! Les espèces d’arbres, mais aussi leur croissance, liée aux conditions extérieures, sont déterminées. « On voit une évolution de la végétation, sur des milliers d’années. Il y a surtout des conifères et quelques feuillus, comme le chêne et le noisetier. Mais à la fin de la couche 5, même les conifères sont rares ! Il n’y a plus que du pin sylvestre. Si cela se confirme, cela veut dire la fin d’une période interglaciaire et le basculement vers une période froide. »

Après la couche 6, également étudiée l’été dernier, la couche n°7 (400 000 ans) sera fouillée en 2010. « Son occupation humaine est encore très mal connue aujourd’hui », souligne Jean-Laurent Monnier. Jusqu’à la couche n°9, la plus ancienne(3), la recherche est donc loin d’être finie... avant de comprendre comment était structuré l’habitat : comment étaient positionnés les foyers ? Où les hommes taillaient-ils les outils ? « Il y a encore 10 ans de fouilles au moins, et 20 ans de postfouilles ! 

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Nicolas Guillas

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