Les éclats d’une civilisation

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décembre 2009
Ce burin en silex a pu être utilisé pour travailler des os, des bois de cervidés ou graver des galets. L’éclat trouvé à côté prouve qu’il a été abandonné à l’endroit de sa fabrication après avoir accompli sa tâche.
© DR

Au bord de la Mayenne, des pierres taillées en disent long sur le mode de vie des premiers Armoricains.

Nous avons l’écriture, l’architecture, la danse... À eux les peintures rupestres et les silex taillés. Ainsi passait l’héritage culturel de nos ancêtres. « La technologie lithique, la taille des “cailloux”, se transmettait de génération en génération, explique Nicolas Naudinot, doctorant au laboratoire d’archéologie(1) de l’Université de Rennes 1. Elle absorbait aussi les influences des différents groupes rencontrés. »

Dans la vallée de la Fosse, sur les bords de la Mayenne, l’archéologue a retrouvé cette année, à 1,20 m sous le sol actuel, cinq pointes de flèches datant du paléolithique supérieur. « Ces flèches ahrensbourgiennes sont typiques des groupes de Belgique, d’Allemagne ou de Hollande, précise le chercheur, et rares dans l’ouest de la France. Ce sont même les uniques exemplaires retrouvés sur un site fouillé dans notre pays. Elles sont la preuve des contacts entre les premiers Armoricains et les hommes des grandes plaines nord-européennes. »

La migration des rennes

Dans ce recoin du Massif armoricain, les silex sont l’unique ressource pour dater le site. « Ici, comme dans tous les massifs anciens, le sol est acide. Il ronge les os, le bois. Il est impossible d’utiliser le carbone 14. » Mais l’œil du professionnel peut, en observant le caillou, affirmer que le site a environ 10 000 ans. « À cette époque, les lames sont longues et régulières. 2 000 ans avant, l’investissement technique était plus faible. Les hommes n’utilisaient plus le bois de cervidé pour tailler leurs outils, mais de la pierre tendre, du calcaire ou du grès pour produire de grandes lames plus rectilignes. » À cette même période, la Mayenne est entourée de grandes steppes. Le réchauffement climatique qui fait suite à la dernière grande glaciation pousse les mammouths, et surtout les grands troupeaux de rennes, à migrer vers le Nord.

Les techniques de chasse s’adaptent, peut-être, aux proies désormais plus solitaires : le cheval, l’aurochs (un grand bœuf), le cerf ou encore le sanglier. L’arc et les pointes de flèches qui vont avec se développent.

Une zone pour la boucherie

Une dernière question taraude l’ethnologue des temps anciens. À quoi a bien pu servir cet étrange outil ? « Certains coupaient de la viande, d’autres raclaient des peaux. En observant minutieusement le poli d’une lame à la loupe binoculaire puis au microscope, on peut retrouver le geste et la matière travaillée ! » Dans la carrière de la Fosse, on peut distinguer différentes zones, celle réservée à la taille du silex, une autre à la boucherie, au traitement des peaux, à la fabrication d’armes... Elles témoignent de l’organisation de la vie en différents ateliers. Autres indices laissés par ces pierres multimillénaires : sur le site de taille, l’archéologue remarque la disposition particulière d’éclats de silex : « Ces fragments qui se détachaient lorsqu’ils taillent leurs outils se trouvent dans une zone limitée quasi circulaire. Peut-être ont-ils rebondi sur les parois d’une tente. » Les générations futures pourront-elles en dire autant en observant nos maisons ?

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Céline Duguey

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