Des corridors pour les animaux

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janvier 2010
Les haies du bocage et les abords d’une rivière sont des exemples de corridors naturels.
© Caren-Air Papillon

Surveiller la biodiversité passe par la mise en place d’outils complexes, par des biologistes, des géographes, des juristes.

L’idée de créer des corridors écologiques pour connecter les différents espaces naturels a été énoncée par les scientifiques dans les années 80. Depuis, elle a été happée par les politiques et les aménageurs, « qui en ont fait l’une des priorités du Grenelle de l’environnement pour gérer la biodiversité, précise Françoise Burel du laboratoire Écobio(1), mais scientifiquement, on n’a pas toujours assez de recul. »

En Bretagne, cette question est étudiée dans le cadre du projet Diva, par des chercheurs du Caren, sur deux sites : le Parc naturel régional du Morbihan et le site atelier de Pleine-Fougères(2) au nord-est de l’Ille-et-Vilaine. Commencé il y a deux ans (et programmé jusqu’à la fin de 2010), il implique des chercheurs de plusieurs disciplines. Le site a d’abord été cartographié avec une très bonne résolution par les géographes du laboratoire Costel. Ces cartes permettent d’identifier des continuums boisés, grâce auxquels les biologistes peuvent établir des cartes de continuité des espèces. Les juristes sont aussi de la partie. Pour déterminer quels outils sont les plus adaptés à la mise en œuvre de ces corridors et les faire respecter. La première réunion bilan a eu lieu en décembre dernier.

« Nous nous apprêtons à rencontrer les agriculteurs du site de Pleine-Fougères, explique Alexandra Langlais-Hesse, jeune chercheur du laboratoire Iode en droit de l’environnement. Pour voir s’ils savent ce qu’est un corridor écologique, s’ils en ont déjà une représentation. Ces données vont nous aider à établir une définition pour stabiliser la loi. Ce qui n’est pas encore le cas. »

Le chevreuil, des insectes, des plantes

Côté biologistes, les modèles qui vont être suivis ont été choisis : le chevreuil pour ce qui est des grands animaux, des petits mammifères, des oiseaux, des insectes et des plantes. « Mais nous ne sommes pas encore capables de dire si cela va fonctionner ou pas. C’est un travail sur le long terme, et surtout sur des grands espaces, car à l’échelle du paysage », souligne Françoise Burel.

Les temps des politiques et des scientifiques ne sont décidément pas les mêmes. Quant à celui des animaux... Qui dit que l’écureuil empruntera bien le corridor choisi ?

> Arrivée à Rennes depuis un an, après une thèse sur le statut juridique des déchets agricoles, Alexandra Langlais-Hesse a obtenu une allocation d’installation scientifique de Rennes Métropole en novembre dernier. Au sein du laboratoire Iode, elle est amenée à travailler sur les pesticides, les OGM, les nanotechnologies. « À Pleine-Fougères, la démarche est nouvelle et très intéressante pour nous les juristes. D’habitude nous nous contentons de lire des textes et de chercher l’existence d’éventuelles jurisprudences. »

> De son côté, Françoise Burel recevra la médaille d’argent du CNRS le 15 janvier prochain. Elle vient récompenser son travail en écologie du paysage, notamment seize ans sur la zone atelier de Pleine-Fougères. « Des zones comme Pleine-Fougères constituent des outils d’avenir pour répondre aux questions complexes que l’on se pose sur la biodiversité. »

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Nathalie Blanc

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