Le lichen : utile mais fragile

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janvier 2010
Le lichen et sa faune microscopique abritent des réserves de médicaments à découvrir.
© Nicolas Guillas

Vivant là où rien ne pousse, le lichen abrite des molécules très rares. Elles servent de modèles pour nos futurs médicaments.

La médecine humaine a besoin, elle aussi, de la biodiversité mondiale. La preuve avec un petit organisme : le lichen. Cette association étonnante entre un champignon et une algue intéresse depuis longtemps les botanistes. Depuis 2004, les chimistes et pharmaciens de l’équipe de recherche “Substances lichéniques et photoprotection”(1), dirigée par le professeur Joël Boustie, s’y intéressent aussi de très près. Ils cherchent des nouveaux médicaments, en isolant et identifiant des molécules, extraites des lichens.

Sur les rochers de Dinard

« Les lichens produisent des molécules que l’on ne trouve pas ailleurs dans la nature ! », souligne Joël Boustie. Après la cueillette, sur les rochers de Dinard ou les laves de l’Etna, chaque molécule qui a pu être purifiée est soumise à des tests biologiques. Inhibe-t-elle la croissance des cellules cancéreuses, est-elle anti-oxydante, filtre-t-elle les rayons ultraviolets, stimule-t-elle la production de mélanine ? Si oui, la molécule est candidate pour produire un médicament.

Ces molécules servent aussi de modèles pour les chimistes. L’équipe de Joël Boustie a pu obtenir un photoprotecteur, par synthèse chimique, en s’inspirant de motifs structuraux naturels. « D’autres produits, qui feront l’objet d’un dépôt de brevet, stimulent la pigmentation de la peau. Cela peut aider à prévenir l’apparition de cancers, comme le mélanome. »

Le lichen est aussi intéressant pour la vie qui grouille à sa surface, sur son “thalle”. « Sur un bout de lichen, il peut y avoir des milliers de microorganismes, que l’on peut cultiver. Cette biodiversité, que l’on commence à peine à découvrir, est très originale. Ici aussi, nous pourrons trouver des molécules très actives, par exemple pour de nouveaux antibiotiques. »

Des lichens dans l’espace

L’originalité du lichen est sa capacité à vivre dans des conditions extrêmes. Il peut s’épanouir en Antarctique et en Arctique... où un thalle de quelques centimètres de diamètre peut être âgé de plusieurs siècles ! « En 2005, deux lichens ont été envoyés dans l’espace. Exposés aux rayons cosmiques pendant quinze jours, sans atmosphère et dans le froid sidéral, ils ont conservé l’essentiel de leur fonctionnalité, de retour sur Terre. »

Hélas, le lichen a son talon d’Achille. Il est très sensible aux modifications de l’environnement. Il n’aime pas la pollution ! Le dioxyde de souffre, qui sort des pots d’échappement, est mortel pour lui. Le climat changeant, des espèces communes peuvent se déplacer... ou disparaître. C’est déjà le cas des lichens nordiques, nourriture des rennes, qui disparaissent en quantité.

Même si l’on dénombre 18 500 espèces de lichens sur Terre, la plupart microscopiques, les menaces qui pèsent sur la biodiversité mondiale vont-elle nous en priver d’une partie ? « Plus il y a de variétés dans les espèces, plus il y a de chances d’avoir des molécules différentes, notamment des structures nouvelles, souligne Joël Boustie. Et chaque molécule peut présenter des propriétés jamais décrites, des mécanismes d’actions inédits, une activité sur de nouvelles cibles thérapeutiques. »

Des médicaments aux extraits de lichen

Aujourd’hui, on trouve déjà en pharmacie des médicaments contenant des extraits de lichens. Demain, des molécules lichéniques serviront pour des antibiotiques, des antiviraux, des anti-inflammatoire ou des antiparasitaires : « Depuis la fin du 19e siècle, l’homme a découvert un millier de molécules extraites du lichen. Il y en a au moins autant à découvrir dans les cinquante prochaines années !» Du moins si leurs écosystèmes ne sont pas trop perturbés – car inutile d’essayer de cultiver ces lichens, c’est trop délicat.

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Nicolas Guillas

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