Mystérieuses abeilles sauvages

272
janvier 2010
Il y a 16000 espèces d’abeilles sauvages dans la nature, comme ce bourdon (Bombus terrestris).
© Bernard Chaubet-INRA Agrocampus UMR BiO3P

Le déclin de l’abeille domestique est de mieux en mieux compris. Mais que se passe-t-il chez les espèces sauvages ?

Lors de sa première rencontre avec l’abeille, il y a 10000 ans, l’homme lui volait son miel. Depuis quatre siècles, il la sélectionne pour ses besoins. Mais depuis quelques années, elle disparaît ! C’est un grand sujet de préoccupation : la pollinisation des plantes serait menacée... et la biodiversité en péril ? L’équation n’est pas si simple, car lorsque l’on parle de déclin (30% de perte de cheptel en France, 35% aux États-Unis), il ne s’agit que d’une seule espèce : l’abeille domestique, celle de nos ruches (Apis mellifera, plus d’une vingtaine de races). Mais il y a plus de 16 000 espèces sauvages d’abeilles (apoïdes) sur Terre ! Elles sont essentiellement solitaires, parfois sociales.

Virus, parasites, insecticides

« Le déclin qui se mesure chez l’abeille domestique ne signifie pas la disparition de cette espèce, précise Jacqueline Pierre, éthologue à l’Inra Rennes. Ce que l’on constate, c’est la diminution du nombre d’individus, due à une surmortalité ou à de vraies disparitions(1). » Aujourd’hui, les chercheurs savent que cette mortalité n’a pas une cause unique. Elle est surtout due aux maladies (nouveaux virus) et aux parasites (varroa). « Les insecticides ne sont pas la cause principale, mais ils constituent une trame de fond, qui participe à l’affaiblissement des colonies. Il y a aussi des effets croisés des insecticides avec les herbicides, qui peuvent devenir des cocktails mortels. » Et les recherches se poursuivent, pour comprendre les surmortalités et ces désertions inexpliquées de la ruche (7% du déclin aux États-Unis).

Une autre raison explique la fragilité de l’abeille domestique. Sélectionnée pour être moins agressive et produire beaucoup de miel, sa variabilité génétique a été réduite. Et une espèce qui perd de sa rusticité peut être plus fragile à l’attaque d’un parasite ! Aux hommes de gérer ce “cheptel”, en s’appuyant sur la génétique : si une race d’abeilles russes est résistante au varroa, il faut réintroduire cette capacité perdue chez les autres races. En outre, dans certains cas de mauvaises pratiques apicoles, l’abeille est parfois surexploitée.

Peu de recherches sur les sauvages

Mais pour les 16 000 autres espèces connues, moins visibles, le problème est différent. « Concernant les espèces sauvages, même si l’on clame haut et fort que les abeilles déclinent, nos connaissances sont réduites à une douzaine de publications scientifiques, ces quatre dernières années. C’est très peu ! » Ces enquêtes concernent surtout des bourdons, qui sont des espèces sauvages d’apoïdes, en Grande-Bretagne. Des déductions logiques permettent pourtant de se faire du souci pour elles, quand l’environnement est chamboulé : « Maintenir la biodiversité, cela ne veut pas dire sauver seulement une espèce, mais sauver l’écosystème où elle vit. Le lien plante-insecte est très étroit : avec l’intensification de l’agriculture et la diminution de la diversité végétale, il y a moins de ressources alimentaires diversifiées et moins de sites de nidification, notamment pour les abeilles solitaires. »

Pour mieux connaître ces abeilles sauvages, un programme de recherche européen STEP(2) sera lancé l’an prochain (lire l’article de La Recherche, déc. 2009 “Même les abeilles sauvages déclinent(3)”). L’Inra Avignon (UMR 406 Abeilles et environnement(4)) y participera, après avoir évalué l’impact de l’évolution des populations de pollinisateurs sur l’agriculture européenne pour le programme Alarm(5). Et ce n’est pas qu’une question de biodiversité, mais aussi d’alimentation : sans ses insectes, plus d’abricots, de pommes, de cerises, de fraises ou de melons.

Tabs

Nicolas Guillas

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER