Plongeon dans la biodiversité !

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janvier 2010
Les organismes vivants parviennent à traverser les océans et à coloniser de nouveaux milieux en se fixant à des substrats artificiels, comme ici l’hélice d’un navire.
© Station biologique de Roscoff

Sensibiliser le public aux effets de l’activité humaine sur les écosystèmes de la Manche, un projet qui débute à Roscoff.

D’un côté, la Station biologique de Roscoff (SBR). De l’autre, le centre de recherche de Plymouth. Entre les deux, la Manche. Un vaste écosystème marin, qui suscite l’intérêt des scientifiques des deux pays. Pour la première fois, Marinexus, un projet de recherche approuvé dans le cadre d’un programme européen(1) va réunir des équipes anglaises et françaises autour d’une thématique commune : l’impact des activités humaines et du réchauffement climatique sur le milieu marin. Le projet débute en janvier 2010 et se terminera en 2014.

« Nous avions déjà des collaborations ponctuelles avec nos confrères britanniques. Marinexus est l’occasion de mettre en valeur les connaissances complémentaires acquises par les laboratoires des deux sites (depuis deux siècles pour Plymouth et depuis cinquante ans pour Roscoff), pour les diffuser auprès du public », explique Marck Cock, du laboratoire Végétaux marins et biomolécules du CNRS, coordinateur du projet.

La sensibilisation des scolaires, des décideurs (élus, associations, organisations professionnelles) aux problématiques de gestion durable de l’environnement du littoral sera un volet essentiel du travail des quelque cinquante chercheurs et partenaires(2).

La compagnie Brittany Ferries fait partie de ces derniers. Elle accueillera, dans les ballasts de ses navires, des boîtes truffées d’appareils de mesures biologique et physico-chimique (une seule de ces “ferry boxes” vaut 50 000 € !). Le trafic maritime est en effet l’une des causes de l’apparition de nouvelles espèces.

Des mouchards dans les ballasts

« À l’heure actuelle, 45 000 cargos et des centaines de milliers de navires de plaisance font route autour du monde, causant 70% des invasions en milieu marin, explique Frédérique Viard, du Laboratoire adaptation et diversité en milieu marin de la SBR(3). Environ 3,5 milliards de tonnes d’eau de ballast, contenant de 7 000 à 10 000 espèces, transitent ainsi quotidiennement sur les océans du globe. Une étude menée en Europe sur 550 navires entre 1992 et 2000 a permis d’identifier près de 1000 espèces. Lors de chaque opération de déballastage, des milliards d’organismes sont rejetés dans les eaux côtières. »

D’autres espèces, comme la crépidule, pratiquent le “fouling” : elles se fixent sur les coques des bateaux et réussissent ainsi à conquérir de nouveaux milieux.

En expliquant le transport transmanche d’organismes et le développement d’écosystèmes dans les habitats artificiels, comme les ports, les équipes de Marinexus espèrent susciter l’intérêt du public. « Nous souhaitons, par exemple, donner aux promoteurs du futur port de plaisance de Roscoff les outils nécessaires à leur prise de décision », souligne Marielle Guichoux, porte-parole de la SBR.

Le budget global de Marinexus s’élève à 5 millions d’euros. 50% provient des Fonds européens de développement régional (Feder), l’autre moitié est financée par les partenaires. Un tiers sera consacré à la promotion du travail de recherche.

Le projet prévoit ainsi la création d’ateliers dans les écoles anglaises et françaises, l’organisation d’échanges scolaires et d’activités liées à l’environnement, de conférences et de films. Et de chaque côté de la Manche, l’association Les petits débrouillards organisera même une exposition itinérante. À bord de son “Débrouillobus”.

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Raphaël Baldos

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