Des chants bretons qui revivent

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février 2010
© Robert Bouthillier
LAURÉAT : Éva Guillorel. Sa thèse soutenue en décembre 2008 à l’Université Rennes 2 fait suite à trois cursus en histoire, breton et langues celtiques et ethnologie. Après un postdoctorat à l’université Harvard aux États-Unis, elle en effectue aujourd’hui un second à l’université Laval au Québec. INTITULÉ DE LA THÈSE : La complainte et la plainte. Chansons de tradition orale et archives criminelles : deux regards croisés sur la Bretagne de l’Ancien Régime (16e-18e siècle).

Le défi de cette historienne : la mise au point d’une méthode d’analyse fiable de chants bretons de tradition orale.

Auteur, date et contexte. Trois éléments essentiels dont tout historien doit tenir compte lorsqu’il procède à la critique de ses sources. Pas évident, quand, comme dans le cas d’Éva Guillorel, il s’agit de chants de tradition orale ! « J’ai choisi de travailler sur un répertoire de complaintes tragiques, appelées en breton gwerzioù, qui illustrent des faits divers : morts accidentelles, crimes, infanticides... On retrouve ce genre dans différentes régions de France, mais, en Bretagne, les chansons se distinguent car elles sont particulièrement riches en détails, explique-t-elle. Elles contiennent des noms précis de lieux, de personnes, des descriptions de vêtements... »

L’histoire, le breton et l’ethnologie

Dans le cadre de sa thèse, menée au Centre de recherches historiques de l’Ouest (Cerhio), à l’Université Rennes 2, Éva Guillorel s’est appuyée sur trois types de compétences : une formation en histoire (agrégation) qui lui a donné une bonne connaissance du contexte de l’Ancien Régime (entre le 16e et le 18e siècle), agrémentée d’un cursus en langue bretonne, indispensable pour lire les manuscrits et comprendre les enregistrements, mais aussi en ethnologie. « Mes compétences en ethnologie et en histoire m’ont aidée à étudier les aspects sociaux, les comportements religieux, culturels... ; à comprendre le système de transmission des chants de génération en génération. » Quelques ethnologues avaient déjà étudié ces chants ; les historiens très peu. Mais c’est la première fois qu’ils sont analysés de façon globale – Éva Guillorel a étudié 2300 chants – et avec une approche aussi pluridisciplinaire. Pour bien mesurer la spécificité des gwerzioù, Éva Guillorel les a comparées avec des sources écrites : elle a notamment recherché dans les archives judiciaires de l’époque (en analysant près de 600 procédures criminelles) la retranscription de faits réels similaires à ceux qui sont mis en scène dans les chansons. C’est ce qui constitue le deuxième volet de sa thèse. « Ces documents apportent aussi beaucoup de détails, différents de ceux des chansons », précise-t-elle.

Éva Guillorel travaille en partie sur des documents d’archives, comme ici ce manuscrit d’une complainte bretonne - gwerz - notée dans la seconde moitié du 19e siècle.
©CRBC

Bientôt un livre et un CD

La thèse d’Éva Guillorel sera publiée au printemps prochain aux Presses universitaires de Rennes. Mais une thèse sur des chants ne pouvait pas se contenter d’une version manuscrite : un CD est en cours d’élaboration, en collaboration avec l’association Dastum (“recueillir” en breton), qui œuvre pour le collectage, la sauvegarde et la diffusion du patrimoine oral breton.

En attendant, Éva Guillorel a traversé l’Atlantique. Elle a réalisé un postdoctorat au département d’études celtiques de l’université Harvard, aux États-Unis, et est maintenant accueillie pour un second postdoctorat à l’université Laval, au Québec. Ses recherches actuelles portent sur la transmission des savoirs concernant les langues amérindiennes dans le contexte des missions d’évangélisation en Acadie entre le 17e et le 19e siècle. Elle met une nouvelle fois à profit sa triple formation. Mais espère revenir dans sa région pour utiliser ses compétences au service de la recherche et de la culture en Bretagne !

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Nathalie Blanc

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