L’algue était parasitée !

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février 2010
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MENTION : Aurélie Chambouvet. Jusqu’en master 2 à l’université Paris 6, elle quitte la capitale pour faire sa thèse à la Station biologique de Roscoff (rattachée à cette université). Docteur depuis février 2009, elle effectue actuellement son postdoctorat à Marseille, à l’Institut de génomique structurale. INTITULÉ DE LA THÈSE : Les Amoebophryidae (syndiniales) parasitoïdes de dinoflagellés : cycle de vie, dynamique et spécificité in situ.

En dénichant le parasite qui tue les algues toxiques, elle explique l’arrêt des efflorescences algales en Bretagne.

Il n’y a pas d’antidotes. Le seul moyen de lutter contre les toxines produites par Alexandrium minutum, une micro-algue rouge, et filtrées par les crustacés bivalves, est de fermer les zones de conchyliculture. Pourtant, en Bretagne, la crise est passée : « L’algue est toujours présente mais les efflorescences ont cessé depuis 2001, sans que l’on comprenne pourquoi », explique Aurélie Chambouvet. Trois ans de prélèvements et d’analyses, réalisés, dans le cadre de sa thèse à la Station biologique de Roscoff, dans la Penzé, une rivière saumâtre qui coule près de Morlaix, lui ont permis d’élucider le mystère : l’algue est attaquée par un parasite(1).

« En fait, toutes les algues de la Penzé sont infectées. Et tous les ans dans le même ordre. Par des méthodes de biologie moléculaire, nous avons montré que le parasite est spécifique de chaque espèce. »

Le parasite (en vert) étudié par Aurélie Chambouvet au stade mature (noyaux en rouge) infectant la microalgue Scrippsiella trochoidea dont il ne reste plus que l’enveloppe (en bleu).
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Sur l’étang de Thau

Aurélie Chambouvet est allée voir du côté de Montpellier, sur l’étang de Thau, où une autre algue, Alexandrium catenella, produit toujours des efflorescences, deux fois par an.

« Le parasite est présent dans l’étang de Thau ; on l’a mis en évidence. Il attaque toutes les algues, sauf celle-ci, qui produit des blooms. » Et ce n’est pas une question d’espèce. Aurélie Chambouvet l’a démontré en testant l’algue de l’étang de Thau avec un parasite connu aux États-Unis pour attaquer cette espèce. « L’infection a eu lieu ! Cela veut dire que le parasite de l’étang de Thau est soit inefficace ou inadapté pour contrôler l’algue. » Il faut lui laisser du temps. En Bretagne, il a mis dix ans à mettre au point son attaque.

Mais que devient-il l’hiver, entre l’efflorescence du printemps et celle de l’automne ? Quand l’algue prend la forme d’un kyste et s’enfouit dans les sédiments ?

Une relation durable

« On a réussi à montrer que le parasite fait comme l’algue : il s’enkyste dans le kyste ! Il y a donc une relation très étroite et un lien durable entre l’hôte et son parasite. » Et ce n’est pas tout. La jeune chercheuse s’est alors étonnée du fait que seuls 3% des kystes d’algues sont infectés. C’est très peu. « On pense que cela fait partie de la stratégie du parasite : en épargnant des algues, il se protège lui-même. Car si toutes les algues étaient infectées, il n’y en aurait plus l’année suivante. » C’est la première fois que ce cycle de vie de ce parasite est décrit avec autant de précisions.

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Nathalie Blanc

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