Tomates à la sauce “lutte bio”

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février 2010
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MENTION : Jessica Vallance. Après son école d’ingénieurs, l’Esmisab, à Brest, elle a réalisé sa thèse, soutenue en juillet 2009, au Laboratoire universitaire de biodiversité et écologie microbienne (Lubem) de l’université de Brest. Elle est actuellement en postdoctorat à l’Inra de Bordeaux. INTITULÉ DE LA THÈSE : Lutte biologique par utilisation de l’oomycète Pythium oligandrum : colonisation de la rhizosphère et influence sur la dynamique des populations microbiennes.

Elle a testé un système de lutte biologique sur des cultures de tomates en serres. Les résultats sont prometteurs.

Cet agent double, que Jessica Vallance dilue dans ses flacons, peut agir directement sur certains pathogènes de plantes, ou alors aider celles-ci à développer leurs mécanismes de défense. Des propriétés qui font de Pythium oligandrum un bon candidat en tant qu’agent de lutte biologique. L’oomycète (plus proche des algues que des champignons filamenteux dans la classification) a été isolé du sol par un chercheur américain (Charles Dreschler) en 1930. Il est étudié depuis plus de dix ans dans le laboratoire de l’Esmisab(1) où Jessica Vallance a réalisé sa thèse. « Pythium oligandrum est assez atypique car il présente d’abord des propriétés d’agent pathogène avant d’induire des systèmes de défense de l’hôte et finalement d’activer sa croissance. Au final, son action est bénéfique pour le végétal », explique la jeune chercheuse.

Sur 300 plants de tomates

Dans le cadre de sa thèse, elle a testé l’effet d’un mélange de trois souches différentes de Pythium oligandrum sur des cultures de tomates hors-sol. Ce choix s’explique car les tomates représentent la production de légumes frais la plus importante en valeur en Bretagne. Et aussi parce qu’un pathogène, Pythium dissotocum, est très fréquent dans les cultures hors-sol. De plus, il est souvent préconisé de recycler les solutions nutritives des cultures pour limiter leurs rejets polluants dans l’environnement, ce qui a pour effet d’augmenter la propagation des agents pathogènes quand il y en a. Jessica Vallance a travaillé sur près de trois cents plants. « J’ai obtenu de bons taux d’implantation : l’agent de lutte a colonisé plus de 50% du système racinaire des plantes inoculées. Son effet a été positif : il a retardé la colonisation par le pathogène sans avoir d’effet sur la flore bactérienne globale. » Ne pas déséquilibrer la flore naturelle est un point très important pour une homologation future de Pythium oligandrum comme agent de lutte biologique.

De la tomate à la vigne

Depuis, Jessica Vallance a suivi son directeur de thèse à l’Inra de Bordeaux où elle travaille maintenant sur les maladies du bois de la vigne. Tester les effets de Pythium oligandrum dans ce nouveau contexte n’est pas exclu. Sachant qu’un des produits à base d’arsenic pour traiter la vigne a été interdit récemment.

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Nathalie Blanc

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