Comprendre ce qui marche mal...

274
mars 2010
© Céline Duguey
Angles des genoux, temps d’appui au sol..., grâce aux capteurs placés sur les marcheurs, les caméras 3D au fond de la pièce enregistrent leurs mouvements en détail.

Avoir une échelle pour mesurer les difficultés à marcher des personnes handicapées permettrait d’adapter les thérapies.

«Mon but premier, en tant que kiné, c’est que les gens retrouvent leur autonomie. » Kristell Bervet, kinésithérapeute à Kerpape, veut aider ses patients à se remettre sur pieds. Mais aujourd’hui, elle ne dispose pas de moyens de quantifier précisément les dysfonctionnements musculaires ou articulaires à l’origine de leurs difficultés à marcher. En routine, l’œil affûté du médecin, qui prévaut, « est très bon, assure Armel Crétual, chercheur au laboratoire Mouvement sport et santé de l’Université Rennes 2, qui travaille avec Kristell Bervet, mais il risque de se focaliser sur la partie la plus dégradée, et de chercher à l’améliorer, sans toujours voir que d’autres se détériorent pendant ce temps. »

Trop cher et trop complexe

Il existe un critère plus précis, le Gillette Gait Index (GGI). « Il se base sur la captation du mouvement en 3D, explique Armel Crétual, et est aujourd’hui reconnu, mais uniquement pour les enfants. » Trop cher et trop complexe – il faut une salle spécifique équipée de douze caméras 3D et surtout, un ingénieur capable de l’utiliser –, le GGI est très rarement utilisé. À Kerpape, l’un des plus grands centres de rééducation en France (lire ci-dessus), il n’est pas mis en place.

Alors la kiné s’est tournée vers une autre technologie, l’électromyographie de surface (EMG). Légère, pratique, simple d’utilisation, et, surtout, déjà présente dans tous les centres travaillant sur l’analyse quantifiée de la marche (il y en a 12 en France).

Mesurer l’effet d’une thérapie

Grâce à des électrodes collées sur la peau, à raison de deux par muscle, elle enregistre l’activité électrique des muscles. « Aujourd’hui ces informations sont peu exploitées. Elles servent à constater l’effet immédiat d’un traitement, par exemple. Mon objectif est de créer, à partir de ces informations électriques, un index, une sorte de grille, pour caractériser la marche. » D’abord chez des personnes saines, pour avoir une valeur de référence. Ensuite la distance à cette valeur référence permettrait d’obtenir des informations sur la pathologie, de mesurer les bénéfices à long terme d’une thérapie.

Le choix des muscles

« Dans nos membres inférieurs, quatorze muscles sont accessibles en surface, avec les électrodes, explique Kristell Bervet, pour préciser l’ampleur de la tâche qui l’attend, je vais déjà en sélectionner huit. » Puis il faudra décortiquer le signal informatique donné par les électrodes. « L’amplitude de ce signal ne correspond à rien de précis au niveau musculaire. Sur une même personne, à deux secondes d’intervalle, on peut obtenir des résultats différents car ce ne sont jamais les mêmes fibres d’un même muscle qui sont contractées. Sinon, nous serions tétanisés ! »

Pour pouvoir comparer les résultats, Kristell Bervet et l’équipe d’Armel Crétual adaptent, en parallèle, le GGI aux populations adultes, grâce au matériel présent à l’université rennaise. Une première publication devrait sortir à ce sujet dans les mois à venir. À Kerpape, les médecins suivent attentivement ces recherches. Preuve que les collaborations usage et recherche, ça marche ! 

Tabs

Céline Duguey

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER