Vieillir, c’est branché

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mars 2010
© © Image source - Photographe HBSS

Les anciens sont de plus en plus nombreux. Cette réalité économique stimule la recherche. Notamment en Bretagne.

Baisse de la vision, perte de mémoire, difficulté à bouger un bras, à se déplacer..., ces maux qui apparaissent avec l’âge s’apparentent à une perte d’autonomie. Une problématique déjà bien connue dans le domaine du handicap. La différence vient du nombre de personnes concernées. La population vieillit. La nouvelle n’en est pas vraiment une.

Une réalité économique

En trente ans, la part des plus de 75 ans dans la population française a quasi doublé. Avec 23,9% de plus de 60 ans, la Bretagne se place au-dessus de la moyenne nationale (21,9%) en France métropolitaine(1). « Le handicap comme on l’entend le plus souvent ne touche, bien heureusement, qu’une partie mineure de la population, explique Jean-Luc Philippe, directeur de l’Ensibs, l’École nationale supérieure d’ingénieurs de Bretagne sud, implantée à Lorient et à Vannes. C’est un thème très pointu, une niche qui, si on y inclut le vieillissement, devient un domaine en émergence et une réalité économique. »

Et un terrain fertile pour les industriels et pour les chercheurs qui travaillent en amont. En créant l’Ensibs, il y a trois ans, Jean-Luc Philippe a fait de l’usage des technologies de l’information et de la communication pour l’aide aux personnes une des deux thématiques de recherche et développement de l’école. En s’appuyant sur le savoir-faire des laboratoires de recherche en électronique (Labstic) et en informatique (Valoria) de l’Université de Bretagne sud. Ces chercheurs développent en ce moment une plate-forme de domotique d’aide aux personnes, en lien avec le centre de rééducation de Kerpape (lire p.16 et 17) et la Meito(2).

« S’équiper pour mieux vivre »

L’aide à domicile est un sujet sur lequel se concentrent plusieurs initiatives, notamment en Bretagne (lire p.12). Car les maisons de retraite ne sont pas extensibles à l’infini. À Rennes, Innovation, domicile et autonomie sont les maîtres mots du projet Ida, porté par la métropole et mené par l’Assad(3) du pays de Rennes. Depuis 2008, des produits d’aide au maintien à domicile déjà commercialisés, ou en passe de l’être, sont testés dans un appartement prototype : un T3, au rez-de-chaussée d’une tour du quartier populaire de Maurepas, mis à disposition par le bailleur social Archipel Habitat, partenaire du projet. En se plaçant, la nuance est de taille, du point de vue de l’utilisateur : la personne âgée. « 650 personnes l’ont déjà visité. Les personnes âgées, mais aussi leur famille, les professionnels, les collectivités territoriales. Pour montrer de quoi on parle et démystifier la technologie aux yeux des personnes âgées. Qu’elles ne se considèrent plus comme assistées mais plutôt comme des personnes responsables, qui s’équipent pour mieux vivre », explique Sophie Graviou, de l’Assad, responsable du projet.

Derrière la porte, attend aussi une filière économique en devenir, qui s’organise. « C’est l’une des motivations qui a fait naître ce projet, complète Gaëlle Chapon, du Codespar(4), en 2006 nous avions confirmé le potentiel économique qui pouvait émerger du croisement des filières habitat et Tic, bien développées sur le territoire. » Une puissance renforcée par un plan local de l’habitat, voté pour sept ans en 2005, qui mise sur la rénovation et l’équipement des logements anciens.

« Pour celles de 70 ans ! »

Chemins lumineux au sol pour ne pas tomber la nuit, ordinateurs “adaptés”, détecteurs d’ouverture de portes, systèmes de téléassistance (voir illustration ci-contre)..., les nouvelles technologies y sont passées au peigne fin, avec plus ou moins de succès. « Trois dames de 90 ans ont participé à un atelier avec l’animatrice de leur maison de retraite, explique Anne Vigouroux, de l’Assad, qui organise les ateliers, elles ont trouvé les ordinateurs très intéressants... pour celles de 70 ans ! »

En parallèle, trois autres logements Ida, habités, ont vu le jour dans le même quartier. « Les occupants ont accepté de recevoir quelques technologies chez eux. Choisies en fonction de leur besoins. » À trois reprises, des sociologues du Laboratoire d’observation des usages des Tic (Loustic) passent recueillir leurs réactions : « C’est bien que ce soit une autre structure que la nôtre, les personnes osent davantage leur dire ce qui ne va pas. » Quatre appartements supplémentaires devraient être équipés prochainement dans le quartier de Villejean.

D’ici la fin du projet Ida, en juin prochain, le comité d’éthique du projet, qui rassemble différents acteurs du secteur médico-social, les réseaux d’aide à domicile locaux, les caisses de retraites, représentant des usagers... devra fournir des préconisations. « Pour l’instant, pour les personnes dépendantes, les prescriptions se limitent souvent – c’est déjà un minimum – aux aides à domicile et au portage des repas. Les seules technologies connues sont le lit médicalisé et la téléassistance qui arrive doucement et n’est pas forcément bien utilisée. Nous travaillons aussi sur un label pour les produits et leur mode d’utilisation. » Locale ou nationale, la décision n’est pas encore prise par Rennes Métropole, même si à l’Assad, la balance penche pour une plus grande reconnaissance, même au niveau européen.

Au croisement des Tic et de la mobilité

Les Technologies de l’information et de la communication (Tic) ont révolutionné nos vies. Depuis 2003, l’Institut d’électronique et de télécommunications de Rennes (IETR) a pris l’habitude d’explorer leurs apports au sein de la cité, lors des colloques “Tic et cité”, organisés en collaboration avec des spécialistes des usages de l’Université Rennes 2.

Au croisement du handicap et de l’habitat en 2003, des transports en 2004, c’est “La mobilité dans l’urbanité” qui a été choisie comme thème de la prochaine édition. Comment le numérique a-t-il modifié notre rapport au temps et à l’espace ? La ville est-elle devenue plus habitable ? Ces questions trouveront des réponses le 9 décembre prochain.

Des réflexions ont été initiées lors d’un séminaire de préparation, le 10 décembre 2009, avec notamment un atelier intitulé “Tic, corps empêché et habitat évolutif”. L’ensemble des interventions et comptes-rendus d’ateliers sont accessibles sur le site de “Tic et cité” (voir ci-dessous). Les dates limites pour les appels à contribution y seront également communiquées.

Renseignements : 
Patrice Barbel, Tél. 02 23 23 55 94, patrice.barbel@univ-rennes1.fr Alain Somat Tél. 02 99 14 19 55, alain.somat@uhb.fr http://tic-cite.univ-rennes1.fr

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Nathalie Blanc / Céline Duguey

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