Les Haploops font un tube en Bretagne

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avril 2010
Les Haploops (à droite) sont de petits crustacés qui vivent dans des tubes (à gauche). Ceux-ci tapissent les fonds marins, entre 30 et 50 mètres.
© Xavier Caisey –Ifremer

Ces crustacés sont présents en masse dans les eaux bretonnes. Des biologistes vont les étudier au rythme des saisons.

7 000 hectares en baie de Vilaine, 3 000 dans celle de Concarneau. Les Haploops ont installé dans les eaux bretonnes leur campement le plus étendu au monde, sur plus de 100 km2 (soit plus que Belle-Île-en-Mer) !

Ces crustacés, échantillonnés pour la première fois en Bretagne sud dans les années 80, ont un physique proche de celui de la puce de mer. Et ils construisent, pour se loger à 15-30 mètres de profondeur, de petits tubes en vase et en mucus, d’un centimètre de diamètre et quelques centimètres de haut. « Cela forme des tapis de tubes extrêmement denses, explique Stanislas Dubois, biologiste à l’Ifremer, à Brest. On trouve jusqu’à 25000 individus au m2 ! »

Une campagne par saison

Une telle prolifération peut difficilement laisser l’environnement et les scientifiques indifférents. « Nous avons lancé un programme de quatre campagnes en mer, une par saison, pour comprendre le fonctionnement de ces organismes et leurs liens avec la biodiversité environnante. » La première, qui s’est déroulée du 13 au 17 février, a déjà ramené son lot d’échantillons : « Des sédiments essentiellement, décrit le biologiste, car les Haploops s’installent dans des zones vaseuses. Nous allons en extraire des micro-organismes. Et pour prélever les plus gros poissons, les étoiles de mer ou les bivalves qui vivent aussi dans la zone, nous utilisons des filets et une pince mécanique. » L’aspect saisonnier est primordial, car certaines espèces ne font que passer dans la région, pour s’y reproduire notamment.

Qui mange les Haploops ?

Pour l’heure, les scientifiques ont constaté une concentration d’espèces plus faible dans les champs de tubes, mais beaucoup de choses restent incertaines, comme « la place de ces crustacés dans la chaîne alimentaire sous-marine. Nous savons qu’ils filtrent l’eau de mer pour en extraire les particules en suspension, le fameux phytoplancton. Mais qui les mange, eux ? » Sur ce sujet, les chercheurs brestois travaillent avec des spécialistes de Roscoff et de Nantes, qui cherchent des traces d’Haploops jusque dans l’estomac des poissons ! « Grâce à une analyse chimique, on peut suivre la chaîne alimentaire depuis les consommateurs primaires, jusqu’aux derniers ! »

Les Haploops ne s’installent pas n’importe où. Ils choisissent des terrains denses en pockmarks, des cratères qui émettent du méthane. « En Suède ou au Danemark, où d’autres colonies importantes sont observées, nous retrouvons les mêmes conditions géologiques, poursuit Stanislas Dubois. Pourtant, nous sommes presque sûrs qu’ils n’utilisent pas le méthane. Mais peut-être ce gaz est-il propice à d’autres espèces, il nous faut comprendre les liens de cause à effet dans tout ça. » La Bretagne semble malgré tout avoir un petit plus. Alors que les colonies étrangères déclinent, et ce, assez rapidement, les Haploops bretons s’étendent à cœur joie ! « Les individus ne sont pas en voie d’extinction. Par contre, on observe une bataille entre les deux espèces présentes ici : l’une, nirae, venant du sud, à tendance à prendre le dessus sur l’autre, tubicola, venue du nord. » Qui gagnera la bataille finale ? Réponse, peut-être, au prochain épisode, à la fin du printemps !

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Céline Duguey

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