À vous d’observer maintenant !

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janvier 2010
Chez les aurores (Anthocharis cardamines), le mâle se reconnaît facilement aux tâches orange au bout de ses ailes.
© Laurent Dabouineau

L’observation de la nature n’est pas réservée aux scientifiques. Chacun peut participer, grâce à des protocoles simples.

Observer les oiseaux de son jardin, créer un refuge à papillons, noter sa rencontre avec une salamandre..., ces actions s’adressent à toutes les bonnes volontés. C’est l’association Noé Conservation qui, en 2006, en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle, a été la première à inviter les Français à compter les papillons (papillons des jardins). Pilotée au niveau national via Internet, l’opération, qui commençait à s’essouffler, est repartie de plus belle grâce à des associations en prise directe avec des naturalistes locaux.

Orvets, crapauds, blaireaux

Jérémy Allain, le directeur de Vivarmor Nature, dans les Côtes-d’Armor, est un de ces relais très actifs. Il vient d’ailleurs d’officialiser sa collaboration avec le Muséum d’histoire naturelle et Noé Conservation par le biais d’une convention. Mais le Costarmoricain n’en est pas à son premier coup d’essai : « En 2008, nous  avions  lancé l’opération “Avez-vous vu une salamandre ?”, avec un système de cartes postales : sur le recto : la photo de l’animal, au dos, quelques conseils et explications.

Quand la personne voit un spécimen, elle note sa localisation sur la carte postale et nous la renvoie. » Depuis 2009, Vivarmor travaille en collaboration avec l’association Bretagne Vivante pour élargir son champ d’action sur toute la région et cibler deux autres espèces : le crapaud commun et l’orvet. 700 cartes postales ont été retournées en 2009 dans toute la Bretagne. « Nous voulons aller plus loin. » Depuis le 1er janvier 2010, d’autres opérations de science participative ont été lancées dans le cadre du programme “Bouger pour la nature”(1) : le comptage des oiseaux dans les jardins durant le premier week-end de février, de terriers de blaireaux début mars et de nids d’hirondelles début juin.

Cibler les espèces de flore invasive

Dans la même veine, le Parc naturel régional d’Armorique (PNRA), qui s’étend de la presqu’île de Crozon aux monts d’Arrée, a créé son observatoire participatif sur Internet, l’été dernier. « Le logiciel permet de localiser sur une carte les observations réalisées par les habitants du parc sur le patrimoine naturel, mais aussi, à l’avenir, sur les patrimoines paysager et bâti, explique Anne-Claire Guillou, responsable du pôle Biodiversité et cadre de vie. Pour développer cet outil, nous avons choisi de privilégier deux voies d’ici 2011 : les espèces de flore invasive (herbes de la pampa, griffes de sorcière, renouées du Japon...) et la petite faune des jardins (oiseaux, amphibiens, insectes, petits mammifères) ; en communiquant notamment vers les scolaires. »

Basé sur le volontariat

Des fiches et des protocoles d’observation sont établis pour guider les observateurs en herbe. Ils sont simples mais en même temps représentatifs et standardisés pour permettre de comparer les données. « Nous choisissons des espèces pour lesquelles il n’y a aucune confusion possible, précise Jérémy Allain. Et nous organisons aussi des demi-journées de formation. » Mais les organisateurs ne doutent pas du sérieux des observations, qui sont basées sur le volontariat. « Les gens donnent de leur temps. Ils n’ont pas d’intérêt à répandre de faux résultats, explique Romain Julliard, coordonnateur du programme Vigie Nature au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Et puis nous réalisons plusieurs fois les comptages. On arrive aussi à gommer la variabilité des observateurs en proposant à une personne de revenir compter sur un site qu’elle a déjà fréquenté. » La théorie des grands nombres fait le reste ; elle lisse les biais et les erreurs. « Tout le monde connaît une petite chose sur la biodiversité », reprend Jérémy Allain. Les outils de la science participative permettent de le faire savoir, dans le but de la protéger !

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Nathalie Blanc

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