Des capteurs menés en bateau

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janvier 2010
Pascal Morin devant la ferry-box de l’Armorique, alors en test à la Station biologique de Roscoff. Elle est à bord depuis le 25 mai.
© Raphaël Baldos

Des chercheurs de Roscoff récoltent des données sur les écosystèmes marins grâce à deux navires de Brittany Ferries.

Chaque jour, l’Armorique traverse deux fois la Manche. Le navire de Brittany Ferries transporte passagers et véhicules entre Roscoff et Plymouth. Depuis le 25 mai, il emporte aussi une “ferry-box” : une boîte métallique de la taille d’une grosse machine à laver contenant plusieurs capteurs, connectée à une prise d’eau du ferry. « Elle se déclenche automatiquement en sortie de port, par positionnement GPS, et effectue tout au long du parcours des séries de mesures en continu, transmises en temps réel par GPRS(1) : salinité, température, fluorescence du phytoplancton, teneurs en oxygène dissous et prochainement en CO2 », explique Pascal Morin, coordinateur scientifique de l’observatoire de la Station biologique de Roscoff (SBR).

Régulières et de hautes fréquences

Sur l’Armorique, ces observations régulières et de hautes fréquences seront complétées par des prélèvements d’eau de mer réalisés une fois par mois par un échantillonneur réfrigéré. Et rapportés à la Station biologique de Roscoff. Elles permettront d’étudier les variations rapides des fronts thermiques marins, du plancton végétal et animal, et des flux de CO2 entre l’océan et l’atmosphère. « On pourra notamment examiner les conditions de développement d’espèces de phytoplancton émettrices de toxines dans les zones où se rencontrent des fronts thermiques. Les données recueillies alimenteront aussi les systèmes Previmer, de prévision de l’environnement côtier, et Coriolis, de suivi systématique des océans », poursuit le chercheur.

Il n’existe qu’une vingtaine de ferry-boxes dans le monde, toutes installées sur des navires d’Europe du Nord. La mise au point de celle de l’Armorique et, bientôt du Pont-Aven, s’est faite en étroite collaboration avec Brittany Ferries.
© Brittany Ferries

Une ferry-box coûte près de 90 000 €, financée par le CNRS (50 000 €), le Conseil général du Finistère (17 000 €) et la SBR, pour un projet qui s’inscrit dans le programme de recherche Marinexus(2). À bord, l’installation s’est heurtée à une difficulté technique : l’eau analysée devait obligatoirement être propre et non chauffée. Or la plupart des circuits d’eau servent au refroidissement des moteurs et disposent d’un traitement biologique, pour éviter la prolifération de biofoulings. « Nous avons finalement trouvé la solution en installant une dérivation sur une vanne utilisée dans les ports pour mesurer le tirant d’eau du bateau », indique Jean-Marc Legras, ingénieur d’armement de Brittany Ferries.

De la Manche au golfe de Gascogne

En collaboration avec l’Ifremer, une autre ferry-box sera installée à la fin d’octobre à bord du Pont-Aven, reliant plusieurs ports de la Manche et celui de Santander, en Espagne. « Elle est semblable à la première, mais possède des capteurs de remplacement, pour tenir compte des rotations plus longues », précise Pascal Morin. Elle permettra d’élargir la zone des relevés au golfe de Gascogne. Les passagers des deux ferries ne sont pas oubliés : ils bénéficieront, en temps réel, d’un affichage sur écran des données recueillies. 

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Raphaël Baldos

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