Partout, des observateurs

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janvier 2010
À bord de la Thalassa, les observateurs du centre de recherche sur les mammifères marins de l’Université de La Rochelle sont toujours deux sur le pont (lire p.14).
© Gérard Gautier - CRMM – ULR

Pour comprendre, prédire et protéger... En science, les observatoires sont nombreux et leurs missions variées.

En France, au 17e siècle, des courtisans étaient payés pour observer le ciel... pour le roi ! L’Observatoire royal sera ainsi créé en 1667 et deviendra ensuite l’observatoire d’astronomie de Paris. Vers la fin du 19e siècle apparaissent les premières stations biologiques marines, comme celle de Roscoff, créée en 1872. « C’est l’époque de la mise en place des premiers inventaires de faune et de flore, note Pascal Morin, responsable de l’observation de la station roscovite. Algues, phytoplancton, espèces benthiques…, on en fait toujours et on surveille l’apparition des espèces invasives. Et maintenant, grâce aux outils de génétique et génomique, on va plus loin qu’avant dans les analyses et dans la connaissance. Sinon, des paramètres physicochimiques simples tels que la température et la salinité de l’eau sont toujours systématiquement relevés depuis 1952. »

Un statut officiel

Cette vieille tradition dans l’observation a été reconnue : avec Banyuls, Marseille et Villefranche, la Station biologique de Roscoff a fait partie des premiers observatoires océanographiques labellisés par le CNRS en 1985. Depuis cette date, les Observatoires des sciences de l’Univers (Osu) ont en effet un statut très précis dans le milieu de la recherche. Ils sont créés par décret par les ministères de tutelle (Recherche et Éducation nationale) et constituent des écoles internes des universités. Il en existe aujourd’hui 25 en France (6400 chercheurs). Si l’astronomie et l’astrophysique entrent dans les missions de plus de la moitié d’entre eux, l’observation concerne aussi les sciences de la terre, l’océanographie, l’environnement. Dans le grand Ouest, l’IUEM(1) à Brest a acquis ce statut en 2005, l’Osuna(2) à Nantes en avril 2009 et l’Osu de Rennes, en octobre 2009.

Une situation de référence

Les chercheurs ont besoin de mesurer régulièrement certains paramètres pour étudier un système qu’ils ne comprennent pas « et qui ne cesse d’évoluer dans le temps, précise Philippe Davy, directeur de l’Osu de Rennes. Il peut s’agir d’une donnée critique. L’intérêt porté, dès le 16e siècle, aux variations du champ magnétique terrestre s’explique, par exemple, par son importance à cette époque pour la navigation. » Parfois, la donnée devient critique malgré elle... « Les connaissances accumulées sur la biodiversité benthique en baie de Morlaix ont servi de situation de référence avant le naufrage de l’Amoco Cadiz, reprend Pascal Morin. Depuis, elles constituent l’une des plus importantes séries de données en Europe sur la reconstitution d’un écosystème après une grosse perturbation et son évolution en réponse aux variations climatiques ou aux forçages anthropiques. »

Pour prédire et surveiller

Mais l’observation n’est pas l’apanage de la recherche. Il existe d’autres observatoires, plus opérationnels, comme par exemple le réseau de piézomètres du BRGM(3), qui permet d’avoir accès aux niveaux d’eau dans les nappes souterraines. Il s’agit là d’observations systématiques pour faire du suivi de réglementation, par exemple.

« Il faut faire attention car le terme observatoire est actuellement très utilisé. À l’opposé de ceux gérés par les chercheurs avec prises de mesures calibrées, il y a la science participative, c’est-à-dire faite par des associations, voire par le grand public(4). Et entre les deux, il y a plein d’autres types d’observatoires. Moi, par exemple, je n’observe pas, note François Siorat, qui est pourtant chef de projet de l’observatoire de la biodiversité et du patrimoine naturel à Bretagne Environnement. Je mets en lien différents acteurs qui ne se connaissent pas, pour les inciter à croiser leurs données et mutualiser leurs informations. Le but est de faire émerger des indicateurs et de mettre au point des outils d’aide à la décision pour protéger l’environnement. » Commencée il y a deux ans, cette mise en réseau s’effectue à l’échelle régionale et concerne tout ce qui a un intérêt pour l’aménagement du territoire : faune, flore et géodiversité. Une cinquantaine d’acteurs sont concernés. Le résultat se concrétisera par la création d’une plate-forme sur le patrimoine naturel, en accès libre sur Internet d’ici à la fin de 2010. Il faut de tout pour observer le monde !

L’observation comme mission

Avec la recherche et la formation, l’observation du continuum terre mer depuis les estuaires de la rade de Brest jusqu’à la mer d’Iroise sont les trois missions de l’Albert Lucas, le nouveau navire que se partagent l’Institut européen de la mer (IUEM) et le Parc naturel marin d’Iroise.
Inauguré le 3 juin dernier, le bateau doit son nom à un biologiste marin spécialiste des coquilles Saint-Jacques qui fut l’un des pionniers de l’aquaculture des mollusques.
Directeur du laboratoire de biologie marine de l’Université de Bretagne occidentale (UBO), Albert Lucas a aussi fait partie des fondateurs, dans les années 1950, de la Société d’étude et de la protection de la nature en Bretagne (SEPNB) devenue depuis Bretagne Vivante.

Rens. : Erwan Amice
Tél. 02 98 49 86 36

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Nathalie Blanc

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