Pas facile d’observer l’Homme

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janvier 2010
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Le sociolinguiste Philippe Blanchet(1) décrit une méthode d’observation très utilisée en sciences humaines et sociales.

Sciences Ouest Qu’est-ce que l’observation participante ?
Philippe Blanchet C’est la principale méthode d’enquête utilisée en ethnologie, sociologie et sociolinguistique, et ce dès le 19e siècle. Elle consiste à observer les pratiques humaines et sociales en y participant, pour être au plus près des comportements spontanés. C’est la meilleure façon de minimiser ce que l’on appelle le paradoxe de l’observateur, car quand une personne se sait observée, elle adapte son comportement à l’observateur.

SO Comment procédez-vous ?
PB  En participant banalement à des activités, sans dire aux gens qu’on les observe. Du coup, la méthode ne peut être appliquée que dans des endroits où le chercheur est spontanément admis.
Avant d’arriver en Bretagne, j’ai par exemple travaillé pour ma thèse sur la façon d’utiliser le français en Provence. Parce que j’y suis né, que j’ai toujours parlé le provençal et que je n’avais pas à tricher pour intégrer ce milieu. Mais aujourd’hui, quand j’étudie la pratique du français en Algérie et au Maroc, ce n’est pas moi qui effectue certaines enquêtes de terrain. Ce sont des collègues algériens et marocains.

SO Comment faites-vous pour prendre des notes ?
PB  Sauf quand on mène une activité où l’écriture est normale, on est obligé de les prendre à la volée, en s’absentant de temps en temps sans que cela se voie ; personnellement, je refuse micro ou caméra cachés pour des raisons éthiques. C’est le principe du témoignage ethnographique. Une autre caractéristique de l’observation participante est que parce que longue et approfondie, elle est limitée en quantité. Il est parfois nécessaire de la compléter avec des entretiens et des questionnaires avec lesquels on récolte plus rapidement d’autres informations, mais moins fiables.

SO N’est-ce pas un peu tromper les gens ?
PB Non, pour trois raisons : Tout d’abord parce que l’anonymat est garanti. Ensuite, parce que chacun observe tous les jours ceux qui l’entourent et en tire des connaissances, et que nous, chercheurs, en tirons des connaissances scientifiques. Enfin, nous travaillons avec les gens qui ne sont pas considérés comme des “objets” : on leur explique ensuite ce que l’on a fait et on compense cette omission de départ par le retour des informations et l’aide qu’elles peuvent apporter dans un véritable échange avec les personnes concernées. Je pense, par exemple, à des études sur les relations entre soignants et malades.
La démarche fonctionne bien, car les gens sentent une empathie forte de la part du chercheur. Mais ne s’improvise pas observateur qui veut ! Il existe des méthodes pour parler avec les gens, les laisser s’exprimer avec leurs propres mots, comprendre leurs discours et leurs attitudes.

Le Crapaud / Lou Grapaud

Le Crapaud (trad. Ph. Blanchet)

Refrain
Je suis le crapaud,
L’horrible animal
A la peau visqueuse
Au ventre enflé
Qui a toujours été
Détesté par tous.

Et pourtant de mon œil la prunelle
pleine de bonté
Dit bien mon amour pour la paix ;
Cerclée d’or et de jais, elle brille
comme une étoile

Dans le crépuscule des pierrailles.

Lou Grapaud (Jan-Enri Fabre)

Refrin
Siéu lou Grapaud,
L’orre animau
A viscouso coudeno
A boudenflo bedeno,
Que toujour es esta
De tóuti detesta.

E pamens, de moun iue la bouniasso
prunello
Dis proun moun amour de la pas;
Ciéuclado d’or, de jai, lusis coumo uno estello
Dins lou calabrun di clapas.

 

Jean-Henri Fabre, chanson inédite, 1890
Installé en Provence, Jean-Henri Fabre (1823-1915) vit au quotidien en langue provençale. Il écrit des poèmes et des chansons pour réhabiliter auprès de la population ces petits animaux aux réputations souvent mauvaises. Bel exemple de “valorisation sociale des sciences” en son temps !(2)

 

 

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Propos recueillis par Nathalie Blanc

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