Des envahisseurs prennent racine en Bretagne

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juillet 2010
Sensibles au gel, les griffes de sorcière (à gauche) affectent le littoral tandis que les jussies, plus continentales, colonisent les eaux stagnantes, les cours d’eau lents et les prairies inondables.
© Mickael Mady (Griffe de sorcière - Carpobrotus edulis) © Loïc Ruellan (Jussie Faux-Pourpier - Ludwigia peploides)

Face à la prolifération néfaste de certaines plantes dites invasives en Bretagne, des scientifiques expliquent comment chacun peut agir en jardinant en conscience.

« Quelle jolie plante ! » Avec ses larges fleurs roses et violettes tapissant les murs et les talus, la griffe de sorcière avait de quoi séduire les amateurs de jardins. Introduite à la fin du 19e siècle sur les côtes françaises pour ses qualités esthétiques, cette plante originaire d’Afrique du Sud s’est échappée des jardins privés à la faveur du vent, de la mer, des insectes... Aujourd’hui, elle colonise les falaises et les dunes du littoral breton, étouffant ainsi la végétation locale. Plutôt que de la planter, il faut désormais l’arracher !

Interdites à la vente

Chargés d’inventorier toutes les espèces végétales présentes en Bretagne, en Pays de la Loire et en Basse-Normandie, les botanistes du Conservatoire botanique national de Brest (CBNB) ont comptabilisé sur le territoire breton, pas moins de 17 espèces invasives avérées, 21 espèces invasives potentielles et 12 espèces à surveiller. « Les phénomènes d’invasion biologique sont de plus en plus inquiétants, déclare Marion Hardegen, déléguée régionale de Bretagne du CBNB. Le rythme d’introduction tend à s’accélérer avec la croissance des échanges commerciaux et des voyages. » D’après les scientifiques, sur cent espèces végétales introduites, dix s’acclimatent. Parmi ces dix espèces, une sera probablement invasive. La griffe de sorcière est de celles-là et pourtant, comme bien d’autres espèces invasives, elle est toujours commercialisée dans les jardineries. Seules les jussies sont interdites à la vente depuis 2007. Envahissant les cours d’eau, formant des tapis flottants si denses qu’ils bloquent parfois l’écoulement des eaux, le passage des bateaux et la baignade, les jussies pèsent sur les activités humaines et économiques.

D’après Jacques Haury, professeur à l’Inra-Agrocampus Ouest et directeur du département Agrere(1), « cette dernière pourrait également entraîner une anoxie (manque d’oxygénation) du milieu colonisé et la prolifération de cyanobactéries, influant directement sur la chimie de l’eau. Aujourd’hui, de nombreuses communes doivent se contenter de contenir les jussies, ce qui leur coûte cher, car lorsque les populations sont bien installées, l’éradication est impossible. C’est avant l’invasion qu’il est important de réfléchir et d’agir », rappelle Jacques Haury. Si les ministères de l’Écologie et de l’Agriculture listent actuellement les espèces invasives présentes sur notre territoire afin de proclamer une série de décrets régissant leur vente et leur commercialisation, chacun peut également agir à son échelle, en évitant d’introduire certaines espèces dans son jardin (voir la liste des espèces concernées(2)). Si la plante a déjà pris ses quartiers, il faut alors s’engager à surveiller son domaine d’extension. « C’est au début de la prolifération que l’arrachage manuel est efficace », avertit Marion Hardegen. Mais attention aux déchets : ces derniers ne doivent pas être jetés en pleine nature ; ils pourraient reprendre racine et poursuivre leur invasion. Il est important de les amener à la déchetterie.

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Julie Danet

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