Aux Glénan, Une fleur rare et bichonnée

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juillet 2010
BIODIVERSITÉ
Le narcisse des Glénan est une fleur délicate qui ne fleurit qu’au bout de quatre ans, et seulement pendant trois ans. Sa floraison ne dure que quelques jours, fin avril. C’est un moment rare et précieux de la biodiversité bretonne.
© Arnaud Guérin – Lithosphère

Le joyau des Glénan monopolise l’attention des naturalistes depuis 36 ans. Sauvé, le narcisse reste encore fragile.

Le narcisse des Glénan a bien failli disparaître. Dans les années 1970, cette fleur unique au monde a été pillée par les collectionneurs, les bulbiculteurs, les cueilleurs. Pour la protéger, la SEPNB (Société pour l'étude de la protection de la nature en Bretagne), l’ancêtre de l’association Bretagne Vivante, a demandé le classement de 1,5 hectare en réserve naturelle sur l’île de Saint-Nicolas dans l’archipel des Glénan, accordé en 1974.

Son origine est mystérieuse. « Nous n’avons que des hypothèses, mais il semble que cette espèce endémique soit apparue de manière spontanée, car d’autres espèces “ibéro-armoricaines” sont, comme elle, apparues dans des sites très localisés », indique Frédéric Bioret, conservateur de la réserve. La plante a été découverte par le pharmacien quimpérois Bonnemaison dès 1803. De nombreux botanistes se sont ensuite rendus sur place, intrigués par cette plante à la floraison éphémère : quelques jours fin avril, et seulement pendant trois ans. La SEPNB, désignée gestionnaire de la réserve en 1984, a essayé plusieurs méthodes pour la protéger : mise en friche de la végétation environnante, fauchage... « La meilleure technique est finalement de couper et d’extraire la matière autour du narcisse », explique Nathalie Delliou, garde de la réserve. Après avoir confié l’entretien du site à un troupeau de moutons puis à deux ânes, c’est finalement le tracteur, armé d’un girobroyeur, qui s’est imposé.

Les narcisses ont failli disparaître dans les années 70. Aujourd’hui, ils sont protégés.
Pour arriver à ce résultat, il a fallu inventer des méthodes de sauvegarde et de gestion nouvelles originales.
© Arnaud Guérin - Lithosphère

Plus de 150000 pieds

Bretagne Vivante a réalisé cette année un comptage : la réserve compte plus de 150000 pieds. « Les narcisses sont sauvés, mais nous sommes un peu inquiets par l’érosion du milieu dunaire sur l’île de Saint-Nicolas, précise Nathalie Delliou. On constate aussi une régression importante due à la présence de goélands sur un îlot où nous n’avons retrouvé que deux pieds en 2010. En revanche, le narcisse revient sur un autre îlot déserté par les goélands : de cinq pieds en 2003, nous sommes passés à 120. » Mais une nouvelle menace pèse sur son sort : des ragondins, apparus en 2007, ont détruit 10% des pieds par leurs nombreux passages. La vie des narcisses des Glénan est décidément bien précaire.

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Raphaël Baldos

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