Dans la baie, un petit bâtisseur de récifs

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juillet 2010
Au laboratoire, l’hermelle révèle son anatomie : des filaments tentaculaires autour de sa bouche pour saisir la nourriture ; des branchies (en rouge) pour respirer ; une extension du tube digestif pour évacuer les fèces, quand l’animal est au fond de son tube !
© Arnaud Guérin – Lithosphère

Véritable nid de biodiversité dans la baie du Mont Saint-Michel, le récif des hermelles est menacé par l’envasement.

C’est un récif unique au monde : près de 300 hectares, sur une hauteur moyenne d’un mètre, au cœur de la baie du mont Saint-Michel, à un kilomètre de la côte. « Un véritable îlot de biodiversité édifié par les hermelles (Sabellaria alveolata), une espèce intertidale de petits vers marins à l’espérance de vie moyenne de 6 à 7 ans », explique Stanislas Dubois, chercheur en écologie marine à l’Ifremer de Brest.

Les hermelles vivent dans des tubes de sable qui forment un récif unique en baie du mont Saint-Michel. C’est un lieu remarquable pour la biodiversité marine.
© Arnaud Guérin – Lithosphère

Ces petits animaux de 3 à 4cm vivent dans des tubes de sable, qu’ils construisent eux-mêmes en capturant les grains en suspension dans la mer. On en trouve environ 5000 par m2. Le récif, appelé “crassier” par les pêcheurs locaux, existe depuis plus d’une centaine d’années. Il a été mentionné dans la littérature dès 1832. « C’est la plus grande formation récifale élaborée par une espèce ingénieur, souligne le scientifique. Cette structure modifie son environnement immédiat et favorise l’accumulation de nombreuses espèces qui viennent s’y installer et s’y développer. » Beaucoup de crustacés utilisent, par exemple, les anfractuosités comme habitat et trouvent ici une nourriture abondante.

Au printemps, les larves d’hermelles se fixent sur un point dur. Elles construisent alors leur tube grain à grain. Générations après générations, ces tubes deviennent un véritable récif.
© Arnaud Guérin – Lithosphère

Malheureusement, les activités humaines menacent cet espace remarquable : de nombreux pêcheurs à pied, ignorant la nature du récif, le détruisent de manière irréversible en ramassant moules, huîtres ou palourdes. De plus en plus d’huîtres colonisent le récif, accentuant sa dégradation, et l’apparition d’algues vertes empêchent l’installation des jeunes hermelles. Enfin, l’installation de bouchots au large freine les courants et entraîne un envasement progressif du récif. « L’eau étant chargée en vase, elle colmate l’appareil de filtration des hermelles et les empêche de se nourrir correctement, constate Stanislas Dubois. Aujourd’hui, je n’arrive plus à voir de signes nets de redémarrage avec l’arrivée de nouveaux individus sur le récif dégradé. Il y a une pression énormes des lobbies mytilicoles pour augmenter le nombre de bouchots alors que le récif fait partie du patrimoine biologique de la baie, classée Natura 2000 et au Patrimoine mondial de l’Unesco. »

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Raphaël Baldos

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