De l’espace pour les espèces

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juillet 2010
© Arnaud Guérin – Lithosphère

Zone de rencontre entre les espèces du Nord et du Sud, les eaux bretonnes accueillent une biodiversité exceptionnelle.

Les côtes bretonnes sont bien connues des amateurs de parties de pêche dans les flaques laissées sur l’estran. En Bretagne, cette zone de la plage successivement couverte et découverte par la marée peut atteindre jusqu’à neuf mètres de dénivelé, ce qui favorise la coexistence d’habitats et la biodiversité associée (lire aussi p.14-15).

Chevauchement d’espèces

Les eaux bretonnes ont une autre particularité, peut-être moins connue des pêcheurs à pied : celle d’être juste à la limite entre une zone tempérée, qui s’étend jusqu’aux côtes du Maroc et une zone plus froide, qui englobe la Manche et la mer du Nord. Ces zones biogéographiques, assez nombreuses en milieu marin, sont déterminées par le fait qu’elles possèdent des caractéristiques propres en termes d’assemblage d’espèces, aussi bien animales que végétales. « En se trouvant entre deux zones, notre région bénéficie d’une biodiversité particulière et importante, due, entres autres, à ce chevauchement des espèces », explique Frédérique Viard, responsable de l’équipe Diversité et connectivité dans le paysage marin côtier, à la Station biologique de Roscoff. Sur le long terme, les contacts entre espèces peuvent éventuellement conduire à des hybridations.

Des comparaisons ont été faites entre les zones de transition biogéographique situées de chaque côté de l’Atlantique Nord : « Il s’avère qu’il y a moins d’espèces côté américain que sur nos côtes et que la diversité génétique y est aussi plus faible. Cela s’explique par la plus grande continuité d’habitats rocheux mais aussi par l’histoire des changements climatiques, poursuit Myriam Valero, sa collègue, responsable de l’équipe Biologie évolutive et diversité marine. La glaciation a été moins sévère à l’Est et on suppose qu’un lac a persisté sous la glace, au nord-ouest des îles anglo-normandes. La Manche aurait donc servi de refuge à certaines espèces tempérées, remises en contact avec celles du Nord (Islande) ou du Sud (péninsule Ibérique), au moment de la déglaciation. »

3 000 espèces d’invertébrés marins

Avec 3 000 espèces d’invertébrés décrites aux alentours de Roscoff, la Bretagne s’affiche actuellement comme une des zones les plus riches du plateau continental nord-européen, et ses 700 espèces de macro-algues en font une des zones les plus riches de l’Atlantique Nord. « Cette richesse a été décrite dès la fin du 19e siècle et c’est certainement la raison pour laquelle plusieurs stations marines, dont celle de Roscoff, se sont installées à cette époque. » Les chercheurs roscovites disposent aujourd’hui d’outils moléculaires puissants qui permettent de dépasser les seuls critères morphologiques et de différencier encore plus finement les espèces. Pas seulement tournés vers le passé, ils étudient aussi les conséquences du réchauffement climatiques et de l’introduction d’espèces invasives sur la répartition des espèces et la biodiversité. L’histoire continue.

Un an de biodiversité en Bretagne

Si vous n’avez jamais assisté à la mue des phoques gris en janvier, à la floraison des orchis mâles à partir du mois d’avril, ou à l’hivernage des abeilles noires bretonnes début octobre, vous pourrez vivre ces événements, parfois rares, sur le nouveau site Internet réalisé par l’Espace des sciences : Biodiversité en Bretagne(1). Arnaud Guérin, notre reporter photographe a sillonné les quatre coins de la Bretagne, à la rencontre de douze espèces (une par mois) animales ou végétales, choisies pour leur beauté, leur originalité, leur fragilité.

Le phoque gris, les hermelles, les narcisses des Glénan et la vache bretonne pie noir sont présentés en avant-première dans ce dossier de Sciences Ouest (p.12 à 18), mais les douze espèces pourront être admirées sur ce site, au travers d’un reportage vidéo, de courtes interviews des témoins de la biodiversité... et de 180 photos spectaculaires !
Il sera aussi possible de partager cette aventure en visionnant les making of des reportages, ou en ajoutant ses commentaires.

Renseignements : 
À découvrir à partir du mois de septembre sur : www.bretagne-biodiversité.org

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Nathalie Blanc

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