Rennes, capitale du don

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septembre 2010
Ovocyte fécondé avec, au centre, les deux noyaux (celui du spermatozoïde et celui de l’ovule).
© Cecos Rennes

Le don d’ovocytes est gratuit en France. À l’hôpital de Rennes, trois donneuses sont accueillies chaque semaine.

Débattue à Rennes lors du forum de préparation des états généraux de la bioéthique, la question de la gratuité du don d’ovocytes n’a pas été remise en cause par les citoyens ni les experts (lire ci-contre). Elle constitue pourtant une exception française et un cadre assez strict, comparé aux pratiques de certains pays comme les États-Unis, les pays nordiques et, plus récemment, l’Espagne. De l’autre côté des Pyrénées, les donneuses sont indemnisées et les receveuses payent. C’est ce que font aujourd’hui trois quarts des receveuses françaises... Et celles-ci sont même remboursées par la Sécurité sociale. Incohérence des arcanes administratifs et législatifs français ?

Les donneuses sont la priorité

Directeur du Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos) de Rennes et vice-président de la fédération des Cecos de France, Dominique Le Lannou milite pour un autre type de pratique. Depuis trois ans, il a fait des donneuses d’ovocytes sa priorité : « Je passe beaucoup de temps à répondre à leurs questions, à les informer, les recevoir. Chez nous, une donneuse qui appelle est reçue en rendez-vous dans les huit jours. Elle est prioritaire », explique-t-il. Bilan : 3 à 4 donneuses d’ovocytes sont accueillies chaque semaine. Soit 120 à 130 par an, contre 5 à 10 par an il y a trois ans ! « Le don d’ovocytes tel qu’il est pratiqué en France, anonyme et gratuit, est un choix de société qui peut très bien fonctionner si l’on s’en donne les moyens, c’est-à-dire du temps et des équipes médicales dédiées. Ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. » Cela doit devenir un choix politique. À moins que les Bretonnes ne soient plus altruistes que les autres ?

Privilégier le transfert d’un seul embryon

Sans tomber dans les excès des pratiques observées outre-Atlantique (grossesse récemment menée à terme avec huit bébés) – qui posent d’autres questions d’éthique –, la moyenne française d’embryons transférés est de 1,9. « Cela veut dire qu’il y a encore beaucoup de situations où deux voire trois embryons sont transférés, explique Dominique Le Lannou, directeur du Cecos de Rennes. Or on ne peut pas nier le fait que les grossesses gémellaires, voire multiples, présentent un risque pour la femme, mais aussi pour les bébés qui peuvent naître en situation de grande prématurité. »

La solution choisie au Cecos de Rennes et pratiquée depuis 2003, sur le modèle de la Suède et de la Norvège, consiste à privilégier le transfert d’un seul embryon. Elle comporte deux aspects : la pratique d’une bonne sélection des embryons afin de choisir ceux qui se développent le mieux pour la transplantation. Mais aussi la maîtrise de la congélation pour ne pas perdre les autres bons embryons. « Nous avons appris à améliorer nos techniques et, aujourd’hui, notre centre est celui qui réalise le plus de transferts monoembryonnaires, poursuit-il. Avec succès puisque le taux de grossesses gémellaires est passé de 30% à moins de 10%, sans diminution des chances de grossesse pour la patiente. »

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Nathalie Blanc

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