Grand Largue, le chalutier qui met les voiles

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octobre 2010
Le gréement de Grand Largue a été posé dans le port de Saint-Malo le 20 septembre dernier.
© Laurence Garcette - Avel Vor Technologies

Permettre aux pêcheurs d’économiser le carburant. C’est ce que propose un cabinet d’études rennais en équipant les bateaux de voiles auxiliaires et automatisées.

Ce n’est plus un bateau de pêche, encore moins un bateau de plaisance. Revenu à Saint-Malo, son port d’attache, en avril dernier, Grand Largue a laissé perplexe les affaires maritimes. Depuis deux semaines, les passants aussi risquent d’être surpris par son allure peu conventionnelle : l’ancien chalutier de 16 m arbore un gréement qui sera bientôt habillé de voiles.

Un bateau laboratoire

« Grand Largue est un bateau laboratoire dédié aux économies d’énergie. C’est le premier de ce type en France », explique Pierre-Yves Glorennec, son propriétaire. Ce professeur émérite de l’Insa de Rennes a créé il y a 3 ans le bureau d’étude Avel Vor Technologies. Son objectif : mettre ses connaissances en informatique et intelligence artificielle et celles d’un ingénieur de l’Insa en génie mécanique au service de la pêche. Pour leur proposer des solutions complémentaires de propulsion(1). « Que l’on soit bien d’accord, poursuit-il, les voiles sont des auxiliaires et surtout, elles sont automatisées. Nous sommes bien conscients que les pêcheurs n’ont ni le temps, ni la vocation de s’en occuper. Ils sont par contre sensibles aux économies de carburant. »

Voiles et mâts sur mesure

La méthode de Pierre-Yves Glorennec consiste à assembler des pièces, si possible déjà existantes (hydraulique...), ou à les faire fabriquer (enrouleurs...) et de travailler en direct avec les chantiers navals, pour limiter les coûts : les mâts de Grand Largue ont, par exemple, été fabriqués à partir de tubes d’aluminium standard soudés entre eux. « Grand Largue va nous servir à confirmer nos modélisations. Nous attendons beaucoup de ces tests réels. Après, nous pourrons commencer à équiper des bateaux déjà en exploitation. Nous avons déjà réalisé deux études sur un coquillier d’Erquy et un palangrier basé à La Réunion. À chaque fois, nous réalisons du sur-mesure. » La mise en place des équipements doit prendre en compte les contraintes de chaque bateau : dimensions, métier, nature des vents. Les mâts bipodes se sont imposés, car ils tiennent tout seuls. Ils n’ont pas besoin de beaucoup de haubans de fixation, qui pourraient gêner la circulation, importante sur un bateau de pêche. Il n’est pas non plus nécessaire de leur faire traverser le pont jusqu’à la quille, car ici, les cales accueillent déjà les moteurs ou la cale à poissons !

Économies et rentabilité

« Lors de mes premières démarches, les pêcheurs se montraient très sceptiques. Aujourd’hui, ils attendent les résultats. L’épisode du pic pétrolier de l’été 2008 a sans doute été déterminant. Les économies sont devenues une de leurs préoccupations. La notion de rentabilité est fondamentale dans ce métier », ajoute le gérant d’Avel Vor Technologies. Le cabinet d’études travaille sur d’autres sujets qui vont dans ce sens, comme l’aide électrique à la propulsion ou la récupération de l’énergie de tangage et aussi la réduction de la pollution du carburant.

Grand Largue devrait commencer à tester ses nouvelles voiles sans tarder, afin d’être opérationnel en 2011. D’ici là, vous croiserez peut-être ce drôle de chalutier au large des côtes de Saint-Malo. 

Le navire du futur

Plus économe en énergie, plus propre, plus sûr et plus intelligent. Un vœu pieux ? C’est en tout cas les conditions que le navire du futur devra remplir et, par extension, la stratégie nationale mise en place pour le mettre au point en réponse à certains objectifs du Grenelle de la mer : diminution de 50% de la consommation des énergies fossiles et réduction de 50% de l’impact sur l’environnement.

70 millions d’euros par an seront investis pendant 10 ans sur deux volets : la compétitivité de la filière navale (20 millions) et le navire (50 millions). Ce dernier comprend la fabrication d’un navire/plate-forme permettant l’intégration et la validation de technologies innovantes à l’échelle nationale, ainsi que des navires plus petits à vocation régionale et dédiés à la pêche. Un de ceux-là n’a pas attendu demain : il existe déjà à Saint-Malo (lire article ci-dessus).

 

Renseignements encadré : 
www.legrenelle-mer.fr

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Nathalie Blanc

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