Des voiles grises à l’horizon

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octobre 2010
On peut identifier les nouvelles voiles développées par North Sails grâce à leur couleur caractéristique.
© Nico Martinez

Choix des matériaux, technique d’assemblage, logiciels de modélisation..., les voiles sont aussi sources d’innovations.

Un bateau avec des ailes en guise de voile. Absurde ? Pas tant que ça. C’est le cap suivi par North Sails, qui fabrique des voiles plus rigides, au comportement proche de celui d’une aile d’avion. Elles se déforment moins et permettent ainsi de gagner en vitesse. En outre, à module équivalent, elles sont plus légères que les voiles classiques. Pour y arriver les ingénieurs innovent à la fois sur les matériaux, le procédé de fabrication et la modélisation du comportement des voiles en situation de navigation.

On peut identifier les nouvelles voiles développées par North Sails grâce à leur couleur caractéristique.
© Nico Martinez

Avec des bandelettes de fibres

Côté matériaux, North Sails travaille à partir de bandelettes de 35 µm d’épaisseur, composées de filaments de carbone, d’aramide ou de dyneema, étalés côte à côte. Ces bandelettes sont orientées et superposées en fonction des forces qui vont s’appliquer lors de la navigation, puis moulées à chaud en 3D pour former une voile. Celle-ci se distingue des voiles actuelles, composées exclusivement de fibres entrelacées prises en sandwich entre deux films. Pour savoir où, dans quel sens et sur quelle épaisseur placer les bandelettes, les ingénieurs s’appuient sur un logiciel développé par North Sails qui couple deux modélisations : l’aérodynamique qui donne le champ de pression exercé et les éléments finis qui renseignent sur le comportement de la voile. Le croisement des informations indique l’allure déformée de la voile en mer.

En condition de navigation

L’équipe part de cette forme en condition de navigation pour en déduire la forme initiale optimale. « Puisqu’elle se déforme moins, la voile dessinée doit se rapprocher le plus possible de la voile sur l’eau contrairement aux voiles classiques », explique Stéphane Fauve, ingénieur au siège français de North Sails, à Vannes. Ce procédé de fabrication de voiles est encore expérimental. Il est pratiqué par différentes équipes internationales de North Sails, dont celle de Vannes, qui croisent ensuite leurs expériences afin de placer au mieux les bandelettes.

Les nouveaux adeptes

Autre spécificité, la couleur. Ces voiles sont grises. Il devrait donc être assez simple de les reconnaître sur l’eau lors de la Route du Rhum. Pour les moins observateurs, précisons que le bateau de Vincent Riou en est doté. Deux autres Lorientais ont également testé cette nouvelle voilure : le dernier monocoque de Jean-Pierre Dick ou encore, lors du dernier Tour de France à la voile, le Farr 30 de Jimmy Pahun. Ainsi que les bateaux concourant pour l’America’s Cup qui vient d’imposer ce type de voiles pour la prochaine course.

Dans leur élan, les ingénieurs planchent sur d’autres débouchés. Leurs bandelettes pourraient bien se retrouver dans des équipements sportifs (skis, snowboards, raquettes de tennis, vélos de course...) et des produits industriels (éoliennes, citernes, équipement médical).

 

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Michèle Le Goff

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