La course suivie en direct !

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octobre 2010
© AFP PHOTO - MARCEL MOCHET

Toujours plein d’innovations à bord. Et aussi à terre, avec de nouveaux moyens de communication pour suivre la course.

Matériaux composites toujours plus légers, équipements dernier cri... Les bateaux de courses d’aujourd’hui sont de véritables concentrés de haute technologie. Mais pour cette 9e édition de la Route du Rhum, la célèbre solitaire reliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, la technologie ne sera pas uniquement dans les bateaux. Elle s’immiscera aussi dans les Smartphones des “spectateurs”. Pour la première fois dans l’histoire de cette course, les plus férus auront la possibilité de suivre toutes les progressions des marins depuis leur téléphone. Grâce à trois entreprises bretonnes. Avec au choix, le suivi général de la course, ou bien d’un skipper en particulier.

Les voileux ont les moyens !

« Le monde de la voile est assez consommateur de nouvelles technologies, explique Frédéric Payen, directeur de la communication chez Niji, l’entreprise qui a développé l’application officielle qui permettra de suivre la course en direct. Cette activité nécessite un investissement économique important et ses adeptes peuvent souvent s’offrir des GPS ou des Smartphones. Ces derniers apportent d’ailleurs, grâce à la géolocalisation ou au partage de contenu, un véritable plus pour les marins et pour la médiatisation de ce sport. » De ce postulat de départ est née une application pour iPhone et Blackberry, qui permet aux accros de suivre la course en toutes circonstances. Positions des navires en temps réel, diffusion en direct des deux vacations journalières (interview des marins), à 5 h du matin et à midi. Pour le contenu, les développeurs, basés à Cesson-Sevigné, se sont « inspirés d’Internet, explique Manuel Nouvel, responsable technique chez Niji, mais pour la technique, il a fallu tout refaire, car le langage de programmation n’est pas le même ! »

Une carte composée de tuiles

L’un des principaux points noirs : la localisation des bateaux sur une carte. « Sur Internet, la technologie Flash permet d’importer une image haute résolution. Quand on zoome, on agrandit la carte. Mais sur l’iPhone ce n’est pas possible. » Une carte est composée de plusieurs tuiles accolées. Pour chaque niveau de zoom, il faut définir le jeu de tuiles adéquat et bien les replacer. « Il faut ensuite que le logiciel puisse décoder les coordonnées des bateaux fournies par un serveur mis à disposition par Pen Duick, l’organisateur de la course. » Et il faut tout recommencer pour le Blackberry. Car ces deux engins ne fonctionnent pas avec le même langage !

De la technique et du design

La pure technique n’est pourtant pas l’aspect le plus chronophage d’une application. C’est le design et la conception des interfaces qui gagnent sur ce terrain. « Nous avons travaillé avec des ergonomes et avec Pen Duick, qui connaît bien les attentes des amateurs de voile. Pour définir ce que l’on rendait accessible, sous quelle forme. » Il faut aussi composer avec les lignes directrices imposées par Apple : toujours retrouver les mêmes boutons en bas, par exemple. « Dès que l’on veut faire quelque chose de non standard, comme des onglets, un menu déroulant, c’est difficile techniquement, car il faut tout redéfinir. » Et Apple peut vous recaler, s’il estime que votre application ne remplit pas ses critères.

Mise à jour automatique

Sur la ligne de départ de la course technologique, deux concurrents ont pris de l’avance. Servane Escoffier et Pierre-Yves Lautrou, qui proposent chacun leur propre application. Et là, la motivation était moins technique qu’économique. « Pierre-Yves Lautrou cherchait à étendre ses réseaux de communication pour trouver des sponsors et boucler son budget, explique Alexandre Tilleman, de l’entreprise Me plus my mobile. Avec l’iPhone, il a pu montrer en direct aux potentiels intéressés qu’il avait pensé à toutes les facettes de la communication. » L’application, elle, reprend les informations mises à jour par le marin lui-même, via son blog. Grâce aux technologies comme Twitter et les flux RSS(1), elles sont mises à jour automatiquement, sans aucune intervention humaine.

Tester le microsponsoring

C’est également lors de sa recherche de sponsor que Servane Escoffier a croisé le sillage de la société malouine Happy Blue Fish. « Nous étions une trop petite entreprise, née il y a un an à peine, pour nous engager comme un véritable sponsor, explique Dominique Busso, dirigeant de l’entreprise. Alors nous lui avons proposé un défi. Expérimenter le microsponsoring. » La navigatrice, seule femme à partir dans la catégorie extrême sur un bateau de 22 m de long, a accepté ! Happy Blue Fish a réalisé l’application gratuitement et les revenus de sa vente sur l’Apple Store reviennent en majorité à la navigatrice. « En fait, chaque utilisateur de notre application devient un microsponsor. » Ce modèle économique séduit de plus en plus sur Internet, notamment dans le domaine musical, où des inconnus peuvent produire leur album grâce aux micro-investissements de leurs fans.

Quel que soit le navigateur qui aura votre préférence, rendez-vous le 31 octobre, sur le port ou sur votre téléphone - les embruns iodés en moins -, pour le grand départ !

Un bateau transformé en régie télé

Lors de la Route du Rhum, le skipper Thomas Coville sera aussi dans la peau d’un reporter. Il embarquera sept caméras fixes avec un grand angle, une mobile et deux appareils de prise de son à bord de son trimaran. Le tout relié à la terre par satellite. « Il n’y a pas une zone du bateau qui ne soit pas couverte, explique Frédéric Morin, responsable du projet. L’idée était que l’on puisse suivre les manœuvres, les déplacements…, sans que cela soit contraignant pour les skippers. »

Les systèmes de visioconférence couramment utilisés obligent en effet le navigateur à rester devant son écran et puis surtout, les plans sont fixes. Ici, le bateau de Thomas Coville a été pensé comme une régie de télévision. « Avec huit caméras, on peut choisir les plans, faire des montages en direct et les diffuser sur notre site Web, notre application iPhone et aussi les envoyer aux télévisions. On va, par exemple, passer la ligne de départ en direct ; cela ne s’est jamais fait ! »

La Route du Rhum va servir de test grandeur nature à cette expérience. Un des challenges est le passage du satellite européen au satellite américain en plein milieu de l’Atlantique !

Nathalie Blanc
Renseignements : 
www.sodebo-voile.com

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Céline Duguey

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