Cultiver les algues : un défi à relever par la Bretagne

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novembre 2010
Deux salariés d’Aléor retirent de la mer des laminaires issues d’un champ exploité par l’entreprise.
© AFP - Marcel Mochet

Le marché est là et pourtant, la culture d’algues n’est pas très développée en Bretagne. Le fondateur d’Aléor, qui s’est lancé, explique pourquoi.

Pour les Japonais, grands consommateurs d’algues, la Bretagne représente l’El-dorado : 1200 espèces, un littoral de 1100km et un milieu très favorable à ces végétaux aquatiques. Malgré ces atouts, la culture d’algues n’est pas encore entrée dans les mœurs régionales. « Il reste de nombreux freins administratifs et culturels », observe Olivier Bourtourault, président et fondateur d’Aléor. Cette société de six salariés, installée à Lézardrieux (22), cultive et transforme en farine ou en paillettes des algues pour l’industrie alimentaire : saccharine, wakamé, haricot de mer, dulce et enteromorpha.

90% issus de la culture

Elle participait, le 14 octobre dernier, à la convention d’affaire Algobiotech organisée par le Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva), à Ploufragan. Tous les participants ont exprimé le même constat : en dépit d’un marché en pleine expansion, les quantités produites et la qualité sont insuffisantes pour y répondre. « Pour qu’une entreprise s’engage à acheter des algues et à les intégrer à sa chaîne de production, il faut qu’il soit sûr d’avoir un approvisionnement prévisible, traçable et de qualité », souligne Olivier Bourtourault. Pendant plusieurs siècles, en Bretagne, les algues ont été récoltées pour servir d’amendement dans les champs : la récolte était artisanale, et sa qualité importait peu. Aujourd’hui, alors que 90% des algues utilisées dans le monde proviennent de cultures, le pourcentage stagne à 10% en Bretagne. Soit près de 40 tonnes par an.

De Chine ou d’Argentine

Olivier Bourtourault milite pour de véritables incitations à la culture. Même si un décret permet depuis l’été dernier aux conchyliculteurs de devenir producteurs d’algues, les règles administratives ne sont pas toujours respectées et la Chambre syndicale des algues et des végétaux marins ne joue pas son rôle de protection de la ressource. 20% de la couverture algale aurait été perdue en 20 ans, en raison de l’industrialisation des goémoniers, du réchauffement climatique et de la baisse de qualité des eaux. Plusieurs acteurs français de l’agroalimentaire font aujourd’hui le choix d’importer des algues cultivées en Chine, au Chili ou en Argentine. Sans forcément préciser l’origine des produits sur les étiquettes.

« Il est très facile d’importer des algues de pays tiers qu’on désigne ensuite comme algues bretonnes, vendues beaucoup plus cher », remarque le président d’Aléor. Pour ses achats, l’entreprise n’hésite pourtant pas à “mettre le prix” : elle achète aux goémoniers 15% plus cher que la concurrence. Une politique du “prix juste” qui lui permet d’obtenir des algues propres, homogènes et bien coupées. Mais avec 1,5 tonne par jour de produits lavés et séchés, l’entreprise costarmoricaine est “lilliputienne” face aux poids lourds de l’industrie agroalimentaire qui, eux, traitent 40 à 50 tonnes. Comment protéger la ressource ? Olivier Bourtourault préconise d’organiser une véritable traçabilité : elle seule, selon lui, pourra garantir des algues récoltées et cultivées dans les règles de l’art. 

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Raphaël Baldos

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