Les forêts marines bretonnes surveillées par les chercheurs

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novembre 2010
Helcion pellucidum, ce minuscule brouteur marin se nourrit principalement de laminaires.
© Christophe Destombe, Station Biologique de Roscoff

Les forêts de laminaires ont fait l’objet d’un programme de recherche qui a duré quatre ans. En voici quelques résultats.

Affairée, Myriam Valero, du laboratoire biologie évolutive et biodiversité marine à la Station biologique de Roscoff(1), achève la rédaction d’une synthèse sur les grandes algues brunes des hémisphères Nord et Sud (Kelp), étudiées sous les angles biologique et socio-économique. C’est le résultat du programme Ecokelp, mené par des chercheurs durant quatre années. Ils se sont penchés sur la réponse des laminaires aux changements climatiques et aux effets anthropiques.

La Bretagne, zone refuge

 Les études ont été réalisées in situ sur différentes zones de répartition, et en laboratoire avec trois espèces proches phylogénétiquement (Laminaria digitata, L. ochroleuca et L. hyperborea) et une espèce plus éloignée (Saccorhiza polyschides).

La Bretagne constitue une zone refuge pour Laminaria digitata car c’est une des seules régions où cette espèce a survécu lors des dernières glaciations. C’est donc là que se trouvent les génotypes ancestraux à l’origine de toutes les populations de Laminaria digitata du nord de l’Europe, de la côte est du Canada et du nord des États-Unis. « Par leur histoire, les populations de la mer d’Iroise présentent les plus fortes variabilités génétiques observées dans cette espèce. Mais cette forte diversité n’a pu se maintenir dans la région que grâce à la très grande taille de ces populations », explique Myriam Valero. Au sein des espèces étudiées, les populations renferment des génotypes qui présentent des adaptations différentes aux conditions locales de lumière et de température de l’eau. « Ces populations ne sont donc pas interchangeables. »

Broutées par un herbivore

Un autre acteur agit sur les laminaires. Il s’agit d’Helcion pellucidum, un petit brouteur de forme ovale, qui ne mesure que quelques millimètres mais raffole de ces grandes algues. Des chercheurs du programme Ecokelp(2) ont montré que, lorsqu’elles sont agressées par les brouteurs, les algues communiquent entre elles grâce à un signal chimique. Ce phénomène est l’équivalent de mécanismes connus chez les plantes, mais comme les algues sont dépourvues de vascularisation et donc de vaisseaux, il reste encore à comprendre comment il est transmis et quelle est sa nature.

La recolonisation

Quant à la recolonisation d’une zone où L. digitata a été éradiquée expérimentalement, il faut attendre plus de deux années pour retrouver la même biomasse et la même composition en espèces. En effet, c’est une espèce opportuniste Saccorhiza polyschides qui s’implante la première et cette laminaire se révèle moins intéressante d’un point de vue économique car elle contient des alginates(3) de moins bonne qualité.

Ce ne sont pas des coraux

Lorsqu’elle présente les résultats du programme, celle qui compare ces forêts marines aux coraux et aux mangroves, en termes de richesse patrimoniale, se heurte à l’évidence : « Ces écosystèmes qui se trouvent pourtant à deux pas de chez nous et sont menacés par l’anthropisation des milieux côtiers sont méconnus. » Elle s’est donc lancée dans la rédaction d’une brochure (lire encadré ci-contre) pour faire connaître l’importance de ces forêts pour la biodiversité, ainsi que leur valeur économique - entre 50000 et 70000 tonnes de Laminata digitata sont récoltées chaque année par les goémoniers pour les industries pharmaceutiques, cosmétiques, alimentaires.

Faire connaître les forêts de laminaires

Espèces phares du Parc Marin d’Iroise, les forêts de laminaires sont pourtant méconnues. Les différents partenaires du programme de recherche Ecokelp qui vient de se terminer (lire article ci-dessus) ont rédigé une brochure pour faire connaître leurs résultats. Elle s’adresse aux utilisateurs de la ressource (liste de préconisations quant à la gestion) et vise aussi à sensibiliser le grand public et notamment les Finistériens à ce patrimoine algal.

 

Renseignements encadré : 
Brochure éditée par l’Ifremer, disponible début 2011.

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Michèle Le Goff

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