La pharmacie vire au bleu

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novembre 2010
La disponibilité de la ressource marine est un point fort de la région, comme cette rascasse pustuleuse en mer d’Iroise.
© Yves Gladu

De plus en plus en Bretagne, les entreprises pêchent des molécules dans l’océan pour améliorer notre santé.

Alimentation, cosmétiques, vêtements. Dans tous les secteurs, en ce moment, le naturel à la cote.

Le culte du tout chimique, qui a connu son heure de gloire au siècle dernier, a de moins en moins d’adeptes. La pharmacologie n’échappe pas à cette révolution. « C’est un nouveau monde de la médecine qui va s’ouvrir à nous demain, assure Marc Hémon, gérant de la société quimpéroise Yslab, spécialisée dans les compléments santé issus de la mer. Il y a une prise de conscience des patients et des médecins face à l’arrivée de nouvelles techniques sans effets secondaires, la chirurgie mieux adaptée, et surtout la prévention. En conséquence la place des médicaments, tels que nous les définissons aujourd’hui, diminue. »

Un savoir-faire historique

En Bretagne, ce revirement des sociétés occidentales représente une belle opportunité. Car la mer qui borde les côtes régionales fourmille de molécules qui ne demandent qu’à servir... naturellement !

« Il existe ici, historiquement, une véritable connaissance du milieu marin, indique Gilbert Blanchard, directeur de CBB Développement. Les universités, l’Ifremer, ou encore les stations biologiques de Roscoff ou de Concarneau ont acquis un savoir-faire reconnu(1). Le programme Capbiotek, dédié au développement des biotechnologies, est d’ailleurs l’un des seuls clusters à dimension mondiale concernant le volet marin. Et le programme européen Biotechmar, piloté par l’Université de Bretagne occidentale (UBO), aide les entreprises du grand Ouest à s’approprier ces savoir-faire développés par les chercheurs. « La Bretagne possède aussi une grande expérience de la pêche et de l’agriculture, ajoute Marc Hémon, en combinant les deux, nous pouvons produire de nouveaux actifs à base de coproduit de la pêche ou mettre en place des élevages de microalgues. » Et ne pas piller les stocks...

Du poisson contre le diabète

Molécules anticancéreuses, collagène de méduse, molécules issues d’algues rouges, transporteur de l’oxygène issu d’un ver marin, compléments alimentaires..., une dizaine de PME bretonnes pêchent déjà dans la grande bleue de quoi améliorer notre santé au quotidien. « C’est un secteur qui bouge au niveau mondial, ajoute Fabienne Guérard, biologiste à l’UBO. En septembre, Oslo a accueilli la première conférence internationale sur les ingrédients marins. Des chercheurs norvégiens y ont annoncé leurs premiers résultats in vivo, sur l’animal et l’homme : ils concernent les peptides de poisson qui agissent sur le stress ou les maladies liées à l’obésité comme l’hypertension ou le diabète de type 2. » Sur ce point, la Bretagne a pris un peu de retard, notamment sur les processus de tests cliniques in vivo, qui doivent parfois être effectués à l’étranger. « Mais dans quelques années, nous aurons des producteurs de peptides de poisson en Bretagne », annonce Fabienne Guérard. Et si la disponibilité de la ressource restera un point fort de la région, les entreprises n’entendent pas rester de simples fournisseurs des grosses entreprises pharmaceutiques mondiales. « Il y a aussi de la place pour des PME qui utilisent ces matières premières, pour les enrichir. » Dans le contexte actuel où les médicaments coûtent de plus en plus cher, nos pharmacies pourraient bientôt virer au bleu.

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Céline Duguey

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