Mobilité : tout bouge

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décembre 2010
© Espace des sciences

Notre façon de bouger va changer. Plus électrique, intermodale et gérée toujours plus par les nouvelles technologies.

Il est temps de passer à grande échelle. C’est l’idée forte qui est ressortie du congrès sur les systèmes de transport intelligents (ITS) qui s’est tenu en Bretagne, les 30 septembre et 1er octobre derniers. « Il faut sortir de l’expérimentation pour passer à la mise en œuvre globale, affirme Frédéric Bousquié, responsable compétitivité et innovation de l’association ITS Bretagne. Pour les transports, cela n’a pas de sens d’expérimenter seul dans son coin ! » Pour mémoire, Rennes avait mis en place les vélos à la carte bien avant l’arrivée des Vélib’ parisiens et de leurs homologues régionaux. Mais le système, lancé trop timidement, n’avait pas rencontré le succès escompté. Aujourd’hui, le moment est venu, car les trois acteurs principaux sont prêts : les concepteurs, les politiques et, surtout, les usagers !

Un Plan véhicule vert

Au Mondial de l’automobile, à Paris, en octobre, les modèles de voitures électriques ou hybrides avaient trouvé leur place. « Cela fait 20 ans qu’on en parle, précise Jean-Luc Hannequin, directeur délégué de la CCI(1) de Rennes, mais les industriels n’ont véritablement commencé à réfléchir qu’en 2008. Avant, la crise n’était pas suffisamment importante. » Ajoutez à l’effondrement économique un durcissement des conditions d’émission de CO2, l’année dernière, vous obtenez une bonne dose de motivation pour changer de pratiques... Dont les effets devraient arriver assez vite en Bretagne, pionnière avec son Plan véhicule vert. « Il s’agit d’une charte pour l’introduction du véhicule électrique d’ici à deux ans dans la région. Elle concerne l’arrivée des voitures mais aussi tout l’équipement qui va autour, notamment les bornes de recharge » (lire p.16).

Paré pour la multimodalité

La même dynamique se dessine à l’international. En juin, l’Union européenne a édité une directive sur la mise en œuvre des ITS. « Elle donne un cadre général pour un déploiement des systèmes de transport intelligents, et devrait être déclinée au plan national d’ici à deux ans », commente Frédéric Bousquié. Elle pourrait faciliter la mise en place de projets de “commutation” entre les différents modes de déplacements. C’est l’autre clé du changement : pouvoir passer d’un bus à un train puis à un vélo, de la façon la plus simple possible. C’est l’objectif des plates-formes qui se développent à l’échelle du département ou de la région, pour centraliser les données de tous les transports (lire p.14). Ou encore de la carte Korrigo, en service depuis 2007 sur une partie des trains régionaux bretons (TER) et dans Rennes Métropole. « Tous vos abonnements, bus, train, vélo sont regroupés sur une même carte, explique Fabrice Girard, chef du service transport terrestre au Conseil régional de Bretagne, pour faciliter les transitions. » Un système simple pour l’utilisateur, qui demande une bonne coordination entre les différents acteurs des transports. « Ils doivent développer des systèmes d’informations communs, pour pouvoir échanger des données. Il faut qu’une carte achetée à la SNCF puisse dialoguer avec les machines de Kéolis(2), dans les bus. » Une plate-forme de tests commune a même été créée, dans le garage atelier de Kéolis, afin de vérifier, en amont, qu’une innovation chez l’un des acteurs ne cause pas de perturbations chez les autres.

Une convergence politique

La carte Korrigo a été adoptée par les usagers et devrait être étendue à toute la Bretagne, pour le TER, d’ici à février 2012. « Cela implique d’installer des valideurs, mais aussi des dispositifs pour fabriquer les cartes dans toutes les gares. C’est un pas vers l’équité sur le territoire régional. Et Brest, Lorient ou encore Quimper sont en train de basculer vers Korrigo pour leurs transports urbains. Il y a une réelle convergence politique pour créer une carte bretonne. » Et d’ici quelques années, vous trouverez dans les gares des parkings à vélos réservés aux usagers Korrigo, par exemple, pour faire face au développement de cette intermodalité, qui veut que l’on n’aille plus nécessairement d’un point A vers un point B via le même véhicule.

Le public est prêt

Internet, téléphones portables et surtout l’Internet mobile ont modifié nos modes de vie et nos façons de bouger. Le public s’approprie les données publiques, les échange, les partage... et en veut plus (lire p.14-15). Si l’application dont il a besoin n’existe pas, il la crée ! Notre conception de la propriété est en train d’évoluer, sur le transport comme sur le reste. Auto-partage, véhicule électrique, « aujourd’hui le public est prêt à accepter ces innovations, reprend Frédéric Bousquié, aussi parce que nous communiquons mieux dessus. » Demain nous ne prendrons plus notre voiture, ou le bus, nous irons quelque part, la question du mode ne sera plus prioritaire. 

L’avenir du transport est dans les Tic

Le GPS, l’ABS, le calcul d’itinéraires… toutes ces innovations qui facilitent nos déplacements font cogiter des milliers de chercheurs. En Bretagne, des laboratoires se sont réunis dans un Groupement d’intérêt scientifique, le Gis ITS(3). « Notre objectif est de favoriser les projets pour améliorer la qualité des transports, explique Yvon-Marie Le Roux, le président du conseil scientifique du Gis, que ce soit pour les usagers des transports en commun, ou de véhicules privés. » Comme Captiv, par exemple, qui a testé un système de capteurs permettant d’anticiper l’arrivée de voitures aux abords d’un carrefour dangereux. Ou encore un projet qui mûrit sur la localisation des personnes dans les gares, là où le GPS ne passe plus, pour indiquer les guichets, les correspondances avec les bus, les métros... Et dans ces domaines, la Bretagne a l’avantage d’être déjà identifiée comme terre des télécoms. « Nous pouvons rediriger ces compétences, car c’est dans les technologies de l’information et de la communication que se trouve l’avenir du secteur du transport. »

Renseignements : 
Yvon-Marie Le Roux Tél. 02 29 00 15 16 yvon.leroux@telecom-bretagne.eu

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Céline Duguey

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