Voici venue l’ère de l’électrique

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décembre 2010
En 2020, 10 à 20 % du parc automobile mondial sera électrique.
© AFP - Éric Piermont

Symbole de la mobilité décarbonée, l’arrivée du véhicule électrique nécessite de repenser tout un modèle économique.

Les Français sont-ils prêts à lâcher leur voiture à moteur thermique ? Cette question est au cœur des réflexions menées, notamment en Bretagne, par les acteurs de la filière automobile(1). Car la crise économique est passée par là et l’agglomération rennaise, qui accueille une usine de PSA, a été touchée de plein fouet. « L’idée de se redéployer et de stimuler le positionnement des acteurs régionaux sur le développement des activités liées aux nouvelles mobilités et au véhicule décarboné nous a conduits à définir ce qui est aujourd’hui appelé le Plan véhicule vert Bretagne », explique Jean-Luc Moreau, chargé de la filière automobile à l’Agence économique de Bretagne. Près de 300 personnes représentant les acteurs économiques et politiques se sont d’ailleurs réunies le 1er juillet dernier pour relever ce défi, centré autour du véhicule électrique.

Le démarrage de l’électrique

Le démarrage semble pourtant laborieux. En Bretagne, le premier coup de starter va intervenir dans le cadre d’une expérimentation impliquant PSA, et mettant en œuvre cent véhicules électriques, à partir de 2011, sur huit applications distinctes (lire article ci-contre). « Le prix d’un tel véhicule reste élevé pour un particulier, poursuit Jean-Luc Moreau. Ces expérimentations vont permettre de le mettre entre les mains des utilisateurs et aussi de justifier l’installation des premières bornes de recharge. »

« C’est une machine à laver ! »

Pour Alain Somat, du laboratoire de psychologie sociale (Laureps) de l’Université Rennes 2, le basculement vers l’électrique risque même de booster l’auto-partage, un autre concept encore très confidentiel : « On voit bien que, pour le moment, des initiatives comme City Roul’, présent à Rennes, ne séduisent que les personnes les plus militantes. Je suis convaincu que le véhicule électrique peut aider au changement de paradigme qui consiste à passer du véhicule propriétaire, très ancré en France car fortement lié à l’appartenance sociale, au véhicule partagé, explique-t-il. Car même s’il en existe maintenant de puissantes, les voitures électriques ne connotent pas les mêmes valeurs que les véhicules thermiques traditionnels : elles ressemblent plus à une machine à laver ! Cela pose moins de problèmes pour la partager. »

La mise en place d’infrastructures de recharge conditionne le déploiement des véhicules électriques.
© Alto - Isabelle Rozenbaum

La prise en compte de l’humain

Le Plan véhicule vert Bretagne intègre aussi la prise en compte des compétences humaines et l’adéquation entre celles qui existent déjà sur le territoire et celles qui seront requises. C’est tout un modèle économique et social qu’il faut repenser. « Une de mes étudiantes en thèse travaille en lien avec la CCI(2) de Rennes sur la détermination des activités exercées dans les métiers liés à l’automobile pour essayer de trouver des correspondances, poursuit Alain Somat. On s’est, par exemple, rendu compte que certaines des activités d’un chaudronnier, qui travaille la tôle, sont comparables à celles d’un estampeur, qui met en forme des structures en matériaux composites utilisés pour alléger les véhicules électriques. » Dans le même esprit, un garagiste, de par sa position au cœur de la ville, pourrait devenir demain celui qui mettra à notre disposition le moyen de transport adapté au déplacement du jour : un véhicule pour aller faire les courses ou un vélo... électrique !

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Nathalie Blanc

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