Les vendanges tardives ne le sont plus...

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janvier 2011
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Avec le directeur technique de l’exploitation, Hervé Quénol installe des capteurs météorologiques dans le vignoble bordelais de Château Dauzac.

À Rennes, des géographes prévoient l’effet du changement climatique sur les vignobles.

Noël et le réveillon viennent de se terminer. Les huîtres et le foie gras étaient de sortie, et les bonnes bouteilles trônaient fièrement sur la table. Cela sera-t-il encore possible, si l’évolution du climat suit les prédictions des experts du Giec(1) ? Car les vignes comptent parmi les victimes annoncées du réchauffement climatique. Déjà les vendanges ont avancé, d’une semaine à dix jours suivant les régions, au cours des trente dernières années. La floraison également, ce qui rend la plante plus vulnérable au gel. Des géographes rennais s’intéressent au phénomène, pour aider les professionnels à faire face aux changements à venir.

Du Val de Loire au Chili

« Nous utilisons les mesures de Météo France, depuis 1950, explique Hervé Quénol, du laboratoire Costel(2) à l’Université Rennes2, pour rapprocher l’évolution générale du climat des changements de caractéristiques du vin : teneur en sucre, en alcool, par exemple. Nous y ajoutons des mesures in situ, à une échelle beaucoup plus fine. C’est primordial. Entre un terrain en bas d’un coteau, près d’une rivière et une pente exposée au sud à quelques centaines de mètres de là, on constate des écarts de température de plusieurs degrés ! » Ces particularités topographiques, les viticulteurs les connaissent depuis longtemps.

« Depuis 2007, nous avons posé des capteurs météo dans différents vignobles : dans le Val de Loire, et en Afrique du Sud pour commencer. Puis au Chili, en Argentine, en Espagne ou encore au Portugal, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande. En janvier, nous allons au Maroc. Nous avons visé différents climats et différents territoires : de la petite bodega, aux grandes vallées viticoles. » Avec une préférence pour les terroirs dits d’appellation, car les producteurs de ces vins reconnus ont vraiment intérêt à conserver les caractéristiques particulières de leurs productions.

Ces milliers de mesures ont permis d’affiner les modèles et de calculer des indices bioclimatiques, qui associent à chaque climat le cépage le plus adapté.

Le Bordelais en 2070

« Maintenant, nous allons pouvoir simuler les effets des scénarios du Giec. » C’est un véritable travail de fourmi qui s’annonce, car pour obtenir une prédiction précise, il faut intégrer toutes les variables météorologiques : vent, pression, température, humidité, pour chaque jour et pour quatre horaires différents ! Impossible de tenter un diagnostic global d’aujourd’hui jusqu’à 2100. « Nous allons nous limiter à des tranches de cinq ans : 2030-2035 et 2070-2075. Et seulement pour les mois de croissance de la vigne. »

Du syrah en Bourgogne ?

En Afrique du Sud, les effets n’ont pas attendu si longtemps pour se faire sentir. Certains vignobles ont été déplacés plus en altitude, vers des zones plus fraîches. « Grâce à nos modèles, nous essayons de repérer les endroits les plus propices. Notre but est d’accompagner progressivement ces changements de pratique, en communiquant avec les viticulteurs. » Des préconisations qui, en France, se limiteront pour l’instant à des changements de pratiques agricoles : taille, débourrage... « Il n’est pas encore question de planter du syrah méditerranéen dans les vignobles en Bourgogne ! », rassure Hervé Quénol.

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Céline Duguey

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