Éleveur, un métier d’avenir ?

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février 2011
Les éleveurs aiment leur métier et se battent pour le rendre viable.
© Christophe Maitre - Inra

Le nombre d’éleveurs diminue, la taille des exploitations agricoles augmente... Le métier se cherche une nouvelle place.

Travailler dans la nature, au contact des animaux, être son propre patron... Malgré cette image d’Épinal, le métier d’éleveur n’est pas celui qui fait le plus rêver. « Le travail avec du vivant engendre une relation à l’activité et des contraintes très spécifiques, comme l’astreinte, entame Gilles Rault, sociologue et formateur spécialiste du domaine agricole. Par ailleurs, même si le modèle familial ne domine plus depuis les années 60, les activités domestiques et agricoles restent quand même très imbriquées. » L’isolement professionnel vient compléter le tableau : du fait du grossissement des exploitations, les agriculteurs ont moins de temps, moins d’occasions de contacts avec leurs voisins. Comme leur nombre a chuté, on peut dire que le métier est devenu, dans les territoires ruraux, hors des normes sociales ambiantes. « On est dans une phase de transition entre le modèle familial, qui existe toujours un peu, et un modèle plus gros fonctionnant avec du salariat, poursuit-il. Mais il existe des différences selon les filières. »

« Il n’y a pas de standard »

Quand il se retrouve seul, par exemple, parce que ses parents prennent leur retraite, un éleveur de bovins laitiers peut choisir de retrouver un associé, de se regrouper avec d’autres agriculteurs ou bien de faire appel à un salarié pour l’aider ou organiser des roulements pendant les week-ends et les vacances. « L’éleveur dispose d’une surface et d’un quota laitier, après, il en optimise la conduite ! La façon de travailler est déterminante, autant que le potentiel naturel de l’exploitation. Il n’y a pas de standard, » explique Agnès Loisel, de la Chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. La filière porcs est plus structurée. Conduite en bâtiment, l’activité y est la même toute l’année, indépendamment des saisons et des conditions climatiques. Elle est donc plus facile à contrôler. En Bretagne, la moitié des détenteurs de porcs sont des couples de naisseurs-engraisseurs (qui pratiquent toute la chaîne : de l’insémination de la truie à l’engraissement du porcelet) avec des élevages de tailles modestes : 150 à 170 truies (contre plus de 500 à 1000 truies en Europe).

Des maternités collectives

Et de nouvelles formes d’organisation apparaissent, « car les éleveurs souhaitent améliorer leurs conditions de travail et avoir plus de temps libre », souligne Marie-Laurence Grannec, ingénieur d’études à la Chambre d’agriculture de Rennes, qui a notamment suivi la mise en place des premières maternités collectives en Bretagne. Issues du regroupement de 4 à 5 associés, ces structures accueillent 500 truies uniquement pour la gestation, et fonctionnent la plupart du temps avec un salarié. L’engraissement des porcelets se déroule ensuite chez l’éleveur. « La gestation et la mise bas demandent une main d’œuvre plus spécialisée et plus de technicité. Ce mode de fonctionnement permet de faire des économies d’échelle et de dégager du temps. »

Pourtant, ces modèles sont décriés par le grand public car ils sont perçus comme des grosses structures et donc comme un développement de l’activité, alors qu’ils ne font que la pérenniser et améliorer les conditions de travail des éleveurs. « L’acceptation sociale est un problème, car les éleveurs aiment leur métier et se battent pour le rendre viable », ajoute Marie-Laurence Grannec. « Je pense qu’aujourd’hui, il est primordial de réinscrire ce métier dans le territoire », reprend Gilles Rault.

Un projet sur le travail dans les élevages d’avenir (organisation, économie, social) va commencer au sein du RMT élevage. Il sera mené dans les six filières.

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Nathalie Blanc

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