Ils réinventent l’élevage

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février 2011
© Phovoir

Acteurs de la recherche, du développement et de la formation imaginent ensemble les systèmes agricoles de demain.

Le temps de l’élevage intensif est révolu. Modèle à suivre en Europe après la Seconde Guerre mondiale, son objectif était basé sur la production au meilleur coût de gros volumes, ce qui a conduit à l’agrandissement et à la spécialisation des exploitations (tout élevage ou tout culture). Depuis plusieurs années, de nouveaux systèmes de développement sont envisagés, prenant en compte d’autres critères comme le respect de l’environnement ou les attentes de la société en matière de bien-être animal, par exemple.

La loi d’orientation agricole initiée par le ministère de l’Agriculture a incité, en 2006, à la création de Réseaux mixtes technologiques (RMT), qui regroupent les acteurs de la recherche, du développement et de la formation, pour travailler sur ces questions(1). Ce n’est pas un hasard si celui consacré à l’élevage et l’environnement s’est monté dans l’Ouest. « Élevage et environnement sont indissociables et doivent arrêter de s’opposer », affirme Philippe Leterme, enseignant-chercheur à Agrocampus Ouest et président du comité d’orientation du RMT Environnement.

Dix ans de réflexion

Quatre synthèses sur les méthodes d’évaluation environnementale, la stratégie d’alimentation des animaux, la gestion des déjections et des effluents d’élevage et les meilleures techniques d’élevage disponibles aujourd’hui ont été présentées à Rennes en octobre 2010 après trois ans de travail.

Environnementales, mais aussi économiques, ou sociétales, à un moment, il faut regrouper les problématiques. C’est l’objectif que s’est fixé le Gis(2) Élevage demain, créé en mars 2010. « Il faut bien sûr hiérarchiser les enjeux, qui ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autre, mais ils doivent être traités en même temps », explique Jean-Louis Peyraud, chercheur dans l’UMR Production du lait au centre Inra de Saint-Gilles, près de Rennes et coordonnateur du Gis.

Le Gis Élevage demain regroupe les organismes de recherche (Inra, Cemagref), Agrocampus Ouest, les instituts techniques de toutes les filières animales (ruminants, porcs, volailles), les interprofessions et les chambres d’agriculture. Il s’est donné dix ans de réflexion et de recherche ! « Il faut du temps pour s’attaquer à l’évolution de l’élevage qui est constitué de systèmes très complexes et faire évoluer les perceptions des acteurs face aux changements, poursuit-il. Car en général on reproduit ce qu’on a appris. Modifier la perception des enjeux et au final les pratiques prend généralement bien plus que 10 ans. »

Relancer l’innovation

Réinventer des complémentarités entre élevage et agriculture est une des tendances qui se dessine (lire p.15). Cela passera probablement par la réintégration des légumineuses (luzerne, lupin, fèveroles...) dans les assolements, pour nourrir les animaux, mais aussi pour profiter de leurs avantages agronomiques dans les rotations culturales. Mais la recherche et la sélection sur ces plantes ne sont plus très actives. C’est dans ce sens que le Gis doit travailler : identifier des problématiques importantes, relancer la recherche et l’innovation qui vont avec, inciter les acteurs à travailler ensemble pour trouver des indicateurs techniquement pertinents et qui soient en même temps acceptés par tous, pour fournir des méthodes d’évaluation.

Les instabilités du 21e siècle

Les agriculteurs et les éleveurs du 21e siècle doivent faire face à de nouvelles pressions : des réglementations de plus en plus contraignantes (lire p.14), des instabilités économiques et climatiques. Ils ont besoin d’outils pour pouvoir anticiper et s’adapter. « L’anticipation sur le long terme est très importante, poursuit Jean-Louis Peyraud. Il devient, par exemple, urgent de sélectionner des plantes et des animaux et de développer des méthodes de production qui soient plus résistants aux “sautes d’humeur” du climat que l’on enregistre en ce moment. »

C’est pourquoi le Gis et d’autres partenaires réfléchissent, dans le cadre des investissements d’avenir, au montage d’un projet de phénotypage des animaux, qui consisterait à relier les paramètres génétiques, maintenant connus grâce au séquençage, aux paramètres physiques et physiologiques. On dirait que les acteurs de l’élevage et de l’agriculture ont décidé de prendre le taureau par les cornes !

Une moisson d’échanges est lancée !

L’agriculture est un terreau que le Conseil régional espère fertile en termes d’idées. Concertations, échanges, débats..., avant la définition de la nouvelle politique agricole régionale, la parole est donnée aux Bretons via un cycle de onze forums publics et un site Internet participatif ouvert depuis décembre dernier.

Commencés depuis janvier, les forums abordent les relations entre l’agriculture et l’environnement, mais aussi l’économie, le foncier, la formation et, bien sûr, les problématiques locales : algues vertes, désertification des campagnes, enjeu du tourisme et du littoral... La restitution de ces échanges est programmée le 22 avril prochain à Pontivy.

Agriculture = nourriture ? Peut-on encore gagner sa vie en agriculture ? Comment mieux former et accompagner à ces métiers ?..., sur le site Internet, qui compte une centaine de témoignages, les sujets et les humeurs sont divers.

La future politique agricole régionale, inspirée de la récolte des remarques et suggestions, devrait être présentée les 23 et 24 juin.

Michèle Le Goff
Renseignements : 
http://agriculture.bretagne.fr

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Nathalie Blanc

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