Le retour aux systèmes d’antan

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février 2011
Les vaches bretonnes se nourriront-elles un jour de protéines végétales produites localement ?
© Inra

Revenir aux systèmes alliant polyculture et élevage ? Un projet européen, piloté depuis Rennes, planche sur la question.

Des animaux, du fourrage, du lait..., mais aussi du carbone et de l’azote ! Si on analyse aujourd’hui une exploitation agricole du point de vue de ces deux derniers flux, on s’aperçoit que le système de production choisi a des effets considérables. La spécialisation s’est installée : les plaines céréalières de la Beauce se déroulent à l’infini et s’opposent aux élevages concentrés à l’Ouest. Bilan, la Bretagne se retrouve en manque de terres pour épandre les effluents et dans l’obligation d’importer de l’alimentation pour ses animaux, alors que les producteurs céréaliers exportent leurs productions mais doivent importer des engrais, chimiques.

Lutter contre la spécialisation

Pouvons-nous raccourcir ces flux ? Recoupler localement les cycles du carbone et de l’azote et ainsi réduire les impacts de l’agriculture sur la qualité de l’eau ou sur le changement climatique ? Comment ? Cela a-t-il vraiment un intérêt ? Lequel ? « C’est tout l’enjeu du projet européen CanTogether(1), dont nous venons de déposer les dossiers. Il vise à inventer des systèmes mixtes animaux/cultures innovants, compétitifs et vertueux sur le plan environnemental, acceptés socialement et ainsi lutter contre la spécialisation », souligne Philippe Leterme, enseignant-chercheur à Agrocampus Rennes qui le coordonne. Onze structures nationales de recherche et dix PME constituent le consortium qui souhaite s’attaquer à cette question.

Si cultiver des légumineuses pour nourrir les animaux permettrait de limiter l’importation de protéines, cela ne résout pas pour autant le problème des éleveurs quant à la valorisation du lisier : en effet, comme ces plantes sont déjà connues pour fixer l’azote de l’air, elles sont exclues des plans d’épandages où elles fixeraient en plus, par leurs racines, l’azote contenu en excès dans le lisier. « Il faudra mettre à jour les connaissances et savoir-faire et, si nécessaire, réinitier des recherches sur ces sujets. Et cela devra se faire avec les producteurs comme parties prenantes », ajoute le chercheur.

Regarder les impacts lointains

Mais la production locale de protéines et la baisse des importations qui s’en suivrait sont-elles un objectif réellement intéressant à suivre ? Pas forcément, si l’on se place du point de vue économique, car les coûts de transport du soja par bateau, rapportés à la tonne, sont dérisoires ! Par contre, le résultat n’est pas le même si l’on s’intéresse aux conséquences sur la déforestation au Brésil... « Il existe très peu d’études sur ces impacts lointains, poursuit Philippe Leterme, ou plus exactement sur la méthode pour les prendre en compte d’une manière objective quand on veut procéder à des évaluations environnementales. Il faut donc poursuivre les recherches sur la méthodologie et la rendre non discutable. »

À l’échelle du territoire

Toutes ces questions attendent des réponses, d’autant que demain, de nouvelles terres seront laissées disponibles. Que faire avec ? « La solution se trouve certainement à l’échelle du territoire. L’activité pourrait rester spécialisée au niveau des exploitations, mais devenir mixte au niveau du territoire local. Qu’il y ait plus de contacts et d’échanges entre voisins. Cela aurait aussi sûrement des répercussions sur l’organisation foncière... il faut repenser le système économique et initier une nouvelle politique agricole commune. Les systèmes mixtes ne reviendront pas tout seuls. »

L’Europe offre une diversité de situations, depuis des pays où la spécialisation de l’agriculture est poussée au maximum (Pays-Bas) jusqu’à ceux où il reste heureusement de la diversité (France, Allemagne). Le projet CanTogether va permettre de confronter les expériences. Le dossier a été déposé le 24 janvier dernier et la réponse est attendue pour le mois de juin. Si tout se passe bien, les premiers travaux pourraient commencer en mars 2012. Il y a trois millions d’euros à la clé, sur quatre ans.

Vaches, Myscanthus et luzerne

Une PME bretonne, la Copedom, basée à Domagné (35), pratique depuis deux ans un système original. Cette coopérative déshydrate de la luzerne destinée à l’alimentation de bovins. Elle propose aux agriculteurs qui apportent leur luzerne de fournir également du Myscanthus, une autre plante qui va fournir l’énergie nécessaire à la déshydratation.

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Nathalie Blanc

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