Un vrai cochon, mais heureux !

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février 2011
Dans les élevages biologiques, les animaux sont libres de leurs mouvements et doivent avoir accès au plein air.
© Stanislas Lubac

Une étude sur la santé animale a été menée dans cent élevages biologiques de porcs en Europe.

Les résultats paraissent.Le bien-être des animaux est de plus en plus une préoccupation du grand public. Cela concerne en particulier les animaux élevés en bâtiments fermés, comme les volailles ou les porcs. Les élevages biologiques tentent de répondre à cette demande, en laissant plus de liberté aux animaux et en limitant les traitements antibiotiques. Mais qu’en est-il au final de la santé des animaux ? C’est ce qu’ont voulu savoir des experts européens avec le projet Corepig. Une centaine d’élevages biologiques de porcs ont été passés en revue dans six pays(1), dont vingt en France : en Bretagne et Pays de la Loire.

Un travail de grande ampleur

Les éleveurs ont été interviewés sur leurs pratiques (plus de 200 questions), des mesures ont été faites sur les animaux, les bâtiments explorés..., selon des protocoles précis et identiques dans tous les pays. Quatre aspects ont été étudiés : la fertilité des truies, la mortalité des porcelets pendant la mise bas et les 48h qui suivent, les diarrhées des porcelets au moment du sevrage, le parasitisme intestinal. « C’est la première fois qu’un travail d’une telle ampleur sur la mise en relation des pratiques des éleveurs et la santé des animaux est réalisé, précise Armelle Prunier, chercheur au centre Inra de Saint-Gilles et responsable française de la partie scientifique du projet. Cela n’a pas été simple à mettre en place. Surtout pour que tout le monde mette la même chose derrière les mêmes mots. »

Libres, mais moins surveillées

Les mesures de terrain sont terminées. Tous les résultats n’ont pas encore été interprétés, mais il ressort déjà que la prolificité est beaucoup plus variable dans les élevages biologiques, au sein d’une même exploitation. Le parasitisme, la mortalité des porcelets et les diarrhées sont aussi plus fréquents que dans les élevages traditionnels : « Ces résultats s’expliquent par le fait que les animaux, qui sont libres de leurs mouvements, sont moins suivis, poursuit-elle. Les mises bas ne peuvent pas toutes être surveillées, par exemple. Et les antibiotiques ne sont administrés qu’à titre curatif. »

Un outil pour les éleveurs

L’originalité du projet Corepig vient surtout des outils qui ont été créés pour que ces résultats remontent jusqu’aux éleveurs. Pour qu’ils puissent détecter seuls les facteurs de risques et y remédier avec des solutions adaptées aux contraintes de l’élevage biologique. « Dans la plupart des cas, il s’agit juste de modifications de pratiques. Mais on peut quand même se poser la question de la sélection de génotypes d’animaux qui seraient plus robustes, plus adaptés aux conditions de l’élevage biologique. Car actuellement, il s’agit des mêmes animaux que ceux destinés à l’élevage traditionnel. » Les truies des élevages traditionnels sont, par exemple, sélectionnées pour leur grande prolificité. Or, ce paramètre devient plutôt un handicap, quand la mise bas n’est pas contrôlée. Mais la filière biologique est encore modeste pour intéresser les études sur des génotypes... et ses impacts sur l’environnement, comme le non-contrôle des flux de nitrates, sont discutables(2). Le bien-être animal pèsera-t-il assez dans la balance ? Cela dépendra des priorités qui seront déterminées.

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Nathalie Blanc

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