L’autisme vu par une éthologue

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mars 2011
Comme 3/4 des enfants typiques, Alex s’intéresse à l’animal qu’on lui présente pour la première fois. Cela n’est vrai que pour 1/3 des enfants autistes.
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Entre éthologie et psychologie, Marine Grandgeorge a étudié le comportement d’enfants autistes avec des animaux.

Cette jeune femme est la preuve des bienfaits du travail aux interfaces. Après une formation en éthologie, elle s’oriente vers un doctorat en psychologie. « J’avais envie de faire de la recherche appliquée, utilisable ; et aussi de pouvoir utiliser mes compétences dans plusieurs disciplines. » C’est ainsi, qu’encadrée par Michel Deleau, du laboratoire de psychologie cognitive (CRP2C(1)) à l’Université Rennes2, Martine Hausberger, directrice du laboratoire Éthos (lire article ci-contre), Sylvie Tordjman du Centre hospitalier Guillaume-Régnier et en collaboration avec Éric Lemonnier du Centre de ressources sur l’autisme de Brest, Marine Grandgeorge se lance dans une thèse sur les enfants atteints d’autisme : pour voir si un lien avec un animal leur permet une récupération sociale et cognitive.

Pas de données scientifiques

« On entend beaucoup parler d’anecdotes et de pratiques, qui rapportent les effets positifs des animaux sur les enfants avec autisme, explique-t-elle. Mais il n’existe aucune donnée scientifique qui le prouve réellement. »

Avant de lâcher des animaux entre les mains d’enfants atteints d’autisme, elle a commencé par regarder le comportement d’enfants, autistes ou non, avec l’animal de la maison. « Il y a très peu de différences entre les deux types d’enfants », explique-t-elle. Les choses changent quand l’animal est inconnu : alors que 3/4 des enfants typiques sautent sur l’animal, seul 1/3 des enfants autistes s’intéresse au nouveau venu, 1/3 se tourne vers l’adulte ; « l’animal sert ici de catalyseur social », précise Marine Grandgeorge. Enfin, 1/3 des enfants ne réagit pas et reste autocentré.

Une partie des données collectées est aussi issue d’entretiens avec les parents pendant lesquels il a notamment été question de la taille de l’animal. Si les enfants typiques préfèrent des animaux de taille moyenne (chiens, chats), des animaux plus petits, plus faciles à contrôler, sont plutôt recommandés avec les enfants autistes, pour qui l’immuabilité de l’environnement est importante.

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« Il reste beaucoup à faire »

« L’autisme est une maladie d’une grande variabilité. Ces travaux apportent un premier éclairage sur l’importance de l’approche environnementale. Il reste beaucoup à faire, mais nous manquons de financements pour continuer dans cette voie. La maladie est encore trop regardée des points de vue biologique et génétique. »

Même si elle a déposé sa thèse en septembre 2010, tous les films n’ont pas encore été traités. Marine Grandgeorge continue de les analyser le soir après sa journée de travail. Car la jeune docteure passionnée a à peine pris le temps de souffler : elle est partie dès le mois d’octobre à Lorient où elle coordonne un projet de recherche. Toujours sur les interactions (lire article p.18)... entre robots et personnes âgées cette fois !

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Nathalie Blanc

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