L’épilepsie est sous contrôle

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mars 2011
Les neurobiologistes rennais observent en temps réel le fonctionnement des neurones. Ici un neurone prélevé dans l’hippocampe d’un rat, une zone du cerveau impliquée dans certaines épilepsies.
© DR

Une équipe rennaise observe de près les cellules du cerveau pour comprendre ce qui déclenche les crises d’épilepsie

Raidissement, convulsions, perte de connaissance... Les étapes d’une crise d’épilepsie sont souvent impressionnantes. Ces manifestations, deuxième cause d’hospitalisation en France, sont surtout difficiles à prévoir. Car c’est là-haut, au cœur du cerveau, que tout se joue. « C’est un état de surexcitabilité de certains neurones, explique Fabrice Wendling, directeur de recherche au laboratoire de traitement du signal de l’Université de Rennes1, mais nous ne savons pas encore ce qui provoque cette réaction. »

Repérer les signes

Après les premières expériences sur des souris(1), l’équipe Épic(2) a débuté en octobre dernier des essais cliniques avec le CHU de Rennes sur des patients épileptiques, chez qui les médicaments sont inefficaces. « Nous voulons circonscrire précisément les zones concernées par une crise. C’est difficile car elles changent suivant les patients et surtout, pendant un épisode de crise, les tissus sains situés autour du foyer de départ sont entraînés par cette surexcitabilité. » Pour cela, les chercheurs envoient, grâce à des électrodes, des signaux électriques très faibles dans les zones du cerveau impliquées dans les crises, repérées au cours de précédents examens. « Nous enregistrons la réponse électrique renvoyée. Nous voulons montrer que cette réponse change lorsque l’excitabilité des neurones augmente, par exemple lorsqu’une crise approche. »

Agir sur un neurone

Dans le laboratoire, d’autres membres de l’équipe travaillent à l’échelle de la cellule. « Il a été montré il y a peu qu’entre les crises, les zones épileptogènes envoient encore des signaux électriques anormaux à très haute fréquence bien particuliers, explique Pascal Benquet, chercheur en neurosciences. Sur ordinateur, nous avons créé un réseau de neurones virtuels qui mime l’activité de l’hypocampe, une petite structure du cerveau impliquée dans certaines épilepsies. Nous avons pu reproduire ces décharges neuronales sur nos modèles virtuels et sur des réseaux réels maintenus en vie in vitro, en faisant varier l’activité des neurotransmetteurs, ces molécules qui assurent la communication chimique entre les neurones. Maintenant nous cherchons à reproduire ces résultats in vivo, sur des cerveaux de rats. Pour tenter ensuite de stopper cette activité grâce à des stimulations électriques.» Grâce à un microscope multiphotonique, les chercheurs peuvent visualiser en temps réel l’activité des neurones, à l’échelle de la cellule. « Chez l’homme, on ne pourra jamais faire de mesure intracellulaire, reprend Fabrice Wendling, c’est un atout de réunir la neurologie, la neurobiologie, le traitement du signal et la modélisation dans une même équipe, car nous pouvons travailler à toutes les échelles. » Dans les années à venir, les chercheurs espèrent pouvoir faire évoluer ces recherches de l’origine des crises à l’origine de la maladie. D’ici là, le nombre de patients risque d’augmenter. Le vieillissement de la population et la progression des maladies neurodégénératives semblent en effet accroître le taux d’épileptiques chez les personnes âgées.

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Céline Duguey

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