Les robots ont la parole

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mars 2011
Première rencontre entre Gillian et l’ours Émi : Émi réagit avec des expressions émotionnelles aux phrases que dit l’enfant. Celui-ci devait dire ensuite si l’ours avait compris ce qu’il lui avait dit et s’il avait bien réagi.
© UBS

Comment faire reproduire des émotions à des robots écervelés ? C’est l’objet d’un projet original sur les interactions.

Et si les robots prenaient la parole ? Certains le font déjà, mais les roboticiens, et notamment ceux du laboratoire Valoria de l’Université de Bretagne Sud à Lorient(1), se heurtent à un problème : comment arriver à en faire des compagnons acceptables par les humains ? Conscients de cette limite, ils ont consulté les sociolinguistes du laboratoire Prefics(2) de l’Université Rennes2. « Finalement, nous avons sollicité plusieurs disciplines qui travaillent sur les interactions, explique Philippe Blanchet. Que ce soit entre humains pour ce qui concerne les linguistes, entre animaux et humains, avec les éthologues ou entre l’homme et la machine avec les roboticiens ou des spécialistes de sciences de la communication en général. » Ainsi est né le projet Miac (Modélisation interdisciplinaire de l’acceptabilité et de l’intercompréhension dans les interactions)(3).

Moins de calculs, plus d’interactions

« Nous aidons les roboticiens à prendre en compte une linguistique moins mathématique, poursuit-il. Car même si les langues peuvent s’apparenter à un code, avec des règles, elles se pratiquent en réalité dans des interactions très souples où le contexte humain et social joue un rôle clé. C’est l’apport de la sociolinguistique. » Embauchée en octobre dernier pour coordonner ce projet, Marine Grandgeorge est éthologue de formation et docteure en psychologie (lire article p.17). C’est elle qui fait le pont entre les sociolinguistes et les roboticiens et confirme : « Les roboticiens ont l’habitude de travailler sur des modèles informatiques. Je les confronte à la réalité ! »

Son but est d’arriver à créer un modèle commun, un schéma qui synthétisera des informations compréhensibles par tout le monde. « Ce travail en interdisciplinarité est passionnant et prometteur, poursuit-elle. Il commence par une homogénéisation du vocabulaire. Le mot “interaction sociale”, par exemple : il correspond à la communication entre l’homme et le robot pour les roboticiens, mais les interactions sociales ne sont possibles qu’entre individus d’une même espèce pour les éthologues... »

Un robot reste un robot

Dans le projet Miac, chaque équipe retire ce dont elle a besoin. Si l’équipe de roboticiens de l’Université de Bretagne sud avance sur l’aspect robot, les linguistes, eux, observent la façon dont “ces matheux” s’approprient la compétence à communiquer pour affiner leur propre approche. Les premiers résultats seront discutés lors de deux séminaires prévus en mars et en juin prochains et lors d’un congrès programmé en novembre avec des chercheurs de la France entière.

En attendant, les réflexions menées au sein du projet Miac ont débouché sur le montage de deux projets ANR(4) : l’un, déjà déposé, sur l’adaptation des robots à leur propriétaire, et un autre, en cours de dépôt, sur la prise en compte des émotions par les robots. « Mais attention, il faut prendre un robot pour ce qu’il est. Une interaction avec un robot ne sera jamais équivalente à celle avec un humain. On peut s’en rapprocher le plus possible, mais un robot reste un robot. Il faut le prendre comme tel, sinon on est déçu », prévient Philippe Blanchet.

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Nathalie Blanc

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