Regroupés autour du cerveau

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mars 2011
Élevés sans adultes apprenants, les petits étourneaux développent des dysfonctionnements du système auditif.
© Jean-Pierre Richard

L’éthologie a rallié des disciplines très variées pour croiser les regards sur l’étude du comportement et du cerveau.

Point de rats ni de souris dans le laboratoire d’éthologie de Rennes, mais des étourneaux, des cailles et des connaissances reconnues sur le cheval(1), son comportement et les relations mère/jeune. « Cette relation très exclusive de la jument avec son poulain, le plus souvent unique, s’apparente à la situation humaine, explique Martine Hausberger, directrice de ce laboratoire(2). Nous portons une attention particulière à l’environnement. Nous considérons le cerveau comme une résultante de l’environnement et pas uniquement comme celui dont le dysfonctionnement induit des problèmes de comportement. Cette approche est assez originale. »

Apprentissage et lien social

Une étude menée chez les étourneaux a montré qu’élevés de façon isolée ou en groupes de jeunes privés de la présence d’adultes apprenants ou simplement sans lien social avec eux, les oisillons présentent des dysfonctionnements du cerveau au niveau du système auditif. « Ces connaissances sur les conditions d’apprentissage impliquent aussi la question du lien social. Elles peuvent donc être rapprochées de l’étude des enfants sourds et autistes », poursuit-elle. Des sujets qui sont notamment traités par le laboratoire de psychologie cognitive, le CRP2C(3) de l’Université Rennes2. Plusieurs projets communs ont été montés au cours des années, entre éthologues et psychologues, mais la collaboration manquait de visibilité. « Nous avons eu envie de formaliser les liens, de créer une vitrine », poursuit-elle. D’où la création, en 2008, à l’échelle de la région, du Groupement d’intérêt scientifique (Gis) Cerveau-comportement-société (CCS), que Martine Hausberger dirige aujourd’hui, avec Jacques Juhel, directeur du CRP2C.

Le Gis dépasse largement ces deux disciplines : il regroupe une quinzaine d’équipes de neurologues, psychiatres, spécialistes de l’imagerie médicale et du traitement du signal, mais aussi des sociolinguistes, des philosophes ainsi que des économistes et des juristes. Une diversité remarquable, « qui nous permet de confronter les différentes approches développées autour du comportement, poursuit Martine Hausberger. Les économistes étudient, par exemple, le comportement des consommateurs avec des outils et une méthodologie qui ne sont pas les mêmes que ceux des éthologues. »

Directeur de l’unité Comportement et noyaux gris centraux au CHU de Rennes et à l’Université Rennes1, le professeur Marc Vérin (lire p. 10 à 12) y voit aussi un intérêt. « Ce que font les éthologues en observant des animaux qui développent spontanément des désordres comportementaux évoquant des troubles neuropsychiatriques caractérisés chez l’homme nous intéresse énormément. Car la plupart des modèles expérimentaux dont nous disposons pour nos recherches sont des animaux qui ont subi des lésions irréversibles, très éloignées de la réalité clinique humaine. On peut certes observer leur activité cérébrale mais on ne peut tester valablement sur eux aucun traitement. »

Un observatoire du comportement

Le projet phare mené par le Gis en 2010 a été le montage du dossier Équipex (Équipement d’excellence), dans le cadre des investissements d’avenir(4). « Même s’il n’a pas été retenu dans la première vague de sélection début janvier, il nous a permis de travailler ensemble sur la construction d’un observatoire interdisciplinaire des sciences du comportement de l’Ouest », reprend Martine Hausberger.

Et cela n’empêche pas les chercheurs du Gis de continuer à phosphorer sur des appels d’offres. Le dernier en date, lancé par l’ANR(5), porte sur le lien entre émotion, cognition et comportement.

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Nathalie Blanc

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